DRIII a écrit :
Vader avec une quasi frénésie, lui coupant la main, mais la vue du moignon robotisé de Vader, qui renvoie à sa propre main robotisée, dissipe rapidement sa haine, le ramenant au lien père/fils. .
No my friend, sorry :
Luke comprends alors qu'il en train de devenir comme Vader, qu'il est en train d'échouer, c'est ça qui le ramène à la raison, pas son amour pour son père. Cette séquence fait écho aux dernières paroles de Yoda : "ne sous-estime pas les pouvoirs de l'empereur ou le même sort que ton père tu subiras". Il voit donc se concrétiser la mise en garde de Yoda au travers de sa main robotisée identique à celle de Vader.
Cette prise de conscience est également appuyée par les paroles de l'empereur : "prend la place de ton père à mes côte". Ce n'est pas le lien affectif père/fils qui le sauve ici,
mais sa quête principale, son désir de vouloir devenir un jedi, c'est pourquoi il dit : "jamais, jamais je ne rejoindrais le côté obscur". Il ne dit pas par exemple : j'aime trop mon père pour le tuer".
Il prend conscience qu'il tombe dans un piège et qu'il est en train de devenir un nouveau Vader. Donc dans cette scène Luke n'est pas focalisé sur Anakin, sur le père qu'il aime, mais sur Vader, la machine sans âme. A cet instant, il n'est pas en train de vouloir sauver son père, il est en train de fuir le Vader qu'il pourrait devenir. Il ne pense même pas aux conséquences, il ne s'imagine pas que son père pourrait le sauver, il est juste satisfait et fier d'avoir vaincu la plus grande épreuve pour le disciple, et il est conscient qu'à cet instant précis il vient de devenir un jedi : "je suis un jedi, comme mon père l'a été avant moi".
C'est toute la beauté de la scène, tout le parcours initiatique de Luke s'achève ici : il a réussi. Ensuite il y a un retour à une réalité un peu plus douloureuse et on retrouve alors l'affectif, la relation père/fils : Luke supplie son père de le sauver.
DRIII a écrit :
Ce n'est pas parce que Luke avait réussi - in extremis - à garder le contrôle dans ROTJ qu'il ne peut pas 35 ans plus tard, le perdre.
in extremis : c'est tout l'intérêt, ça met en avant la gravité et la délicatesse de la situation, l'importance de cette épreuve, et le mérite de la victoire, mais surtout le level up. Un disciple doit vaincre la tentation du côté obscur pour monter en maîtrise. C'est cette épreuve qui fait de Luke un jedi. In extremis ne diminue pas ce qui a été accompli,
ça n'en fait pas quelque chose d'anodin.
On ne peut donc pas dire : "oui il a réussi une fois...peut-être un coup chance..." non, on est dans la symbolique de l'initiation, les obstacles franchis ont un sens et des conséquences. A quoi sert de dire ; " je suis un jedi !" si tu restes potentiellement vulnérable à ce que tu viens de vaincre pour le devenir.
Il ne peut donc pas 35 ans plus tard, étant un jedi encore plus expérimenté voir un maître, être tenté à cause d'une problématique similaire (basée sur la peur de perdre ceux qu'il aime), ça n'a aucun sens.
N'oublions pas que l'initiation et l'enseignement jedi s'inspirent des religions/philosophies orientales, dans lesquelles le disciple est amené à vaincre ses passions pour élever son état de conscience. C'est exactement ce que cette séquence de ROTJ symbolise.
DRIII a écrit :
Je ne comprends pas qu'on puisse concevoir que Luke puisse faire une erreur,
Mais c'est hors sujet, le problème vient de la nature de l'erreur : une impulsion de tentative de meurtre (à cause d'une problématique à laquelle il a déjà fait face), une négation totale du caractère profond du personnage, un reniement de sa foi et un abandon total de ses amis/famille. SI ça c'est une erreur, j'aimerais bien savoir à quoi ressemble la dénaturation d'un personnage...
On ne peut pas raconter tout et n'importe quoi en rétorquant si ça ne passe pas: "ouais ! vous n'arrivez pas à faire le deuil de votre Luke idéalisé ! pour vous Luke est un dieu ! alors que Luke est seulement un humain !" mais pas du tout, Luke n'est pas un dieu, mais il faut simplement proposer une problématique crédible, des erreurs crédibles par rapport au personnage, son parcours, son évolution, son archétype.
DRIII a écrit :
L'erreur est humaine et Luke est humain.
Luke n'est pas un dieu mais il n'est pas non plus un être humain "ordinaire". C'est un héros archetypal de conte, un personnage imaginaire, légendaire.
Le montrer dans l'échec ? faillible ? pourquoi pas, mais avec cohérence et respect : un Luke tiraillé par le côté obscur à cause de la perte de ses disciples ou encore un Luke qui aurait mal formé Ben : montrer une mauvaise formation est un angle intéressant.
Bref, avec deux ou trois cerveaux on peut trouver des tas de façons d'exposer un Luke faillible sans pour autant jeter le bébé avec l'eau du bain.
-- Edit (Dim 14 Jan 2018 - 3:37) :
DRIII a écrit :
Faire de Luke une sorte de dément sous influence (comme Théoden dans le Seigneur des Anneaux), c'est au contraire fouler l'esprit de la saga.
Je ne sais pas où tu as lu ça : j'ai parlé d'un Luke torturé par le côté obscur, tiraillé par un désir de vengeance, et qui fuit le monde afin de retrouver la paix et de ne pas devenir une menace car si il donnait libre cours à cette impulsion il sombrerait dans le côté obscur. Où est-ce que tu as vu que je parlais d'un dément sous influence ?
Tu acceptes, non tu trouves ça même fantastique que Luke, à cause d'une dépression abandonne tout le monde, se comportant en plus comme un poivrot arrogant sans aucune manière avec Rey...mais tu considères qu'un Luke menacé par l'ennemi intérieur numero 1 (le côté obscur) foule l'esprit de la saga ?...well
Dans les deux cas que tu cites, ni Luke, ni Leïa ne sont responsables de ce qui arrive à leurs proches sur Tatooine et Alderaan. Le sort d'Owen et Beru était scellé à partir du moment où les Storm Troopers retrouvent les Jawas qui leur ont vendu les droïdes. La présence de Luke n'aurait rien changé, il aurait été tué avec eux. Luke n'a rien à se reproche. Le sort d'Alderaan est également scellé une fois que Leïa est capturée. Tarkin veut tester la capacité de destruction de l'Etoile de la Mort et lui propose un jeu de dupe. Leïa n'a rien à se reprocher.
Je ne sais pas pourquoi tu insistes tant sur cette notion de culpabilité. Je voulais juste mettre en lumière que les réactions des héros ne sont pas réalistes et qu'il fallait donc arrêter de lancer l'argument : "Luke a une dépression, comme tout le monde"
J'ajouterais que voir ta planète natale exploser sous tes yeux (avec famille/amis etc), que tu sois responsable ou pas, te brise à jamais. En tout cas, tu ne retrouves pas le sourire 5 min après. Donc l'argument : "Luke a vraiment bobo, c'est pour ça qu'il renonce à tout" ne tiens pas la route dans cet univers.
En revanche, pour le basculement de Ben, Luke éprouve une énorme culpabilité. Il a perdu le contrôle, il a échoué dans la mission que Yoda lui a confiée sur son lit de mort ("Transmets ce que tu as appris"), il n'a pas été digné de la confiance que lui ont accordé son meilleur ami (Han) et sa soeur (Leïa) en lui confiant l'éducation de leur fils. Le basculement de Ben a un tout autre sens, un tout autre impact que toutes les autres épreuves auxquelles Luke a été confrontée jusqu'ici. C'est une tragédie pour Ben, pour lui, pour Han, pour Leïa, pour les Jedi et pour la galaxie.
Oui et pour soigner sa culpabilité et atténuer cette tragédie il reste sur l'île et laisse tout le monde se démerder avec le monstre qu'il a généré. Pas mal.
Il faut tout de même bien prendre conscience et bien prendre le temps de visualiser que pendant que Han se faisait trucider (à cause de l'inertie de Luke donc) et pendant que le First Order détruisait des planètes,
Luke devait certainement être en train de traire.
Quand tu culpabilises, tu cherches à réparer, tu fais au mieux...surtout quand tu es le dernier jedi, le seul donc à pouvoir trouver une solution.
Aragorn n'a aucune raison de tuer Frodo. Ce n'est pas Frodo le mal, c'est l'anneau.
Peux-tu faire l'effort d'essayer de comprendre ce que je veux dire ? je ne te demande pas d'être d'accord, mais au moins de ne pas répondre à côté pour disqualifier mon argumentation.
Je parlais donc des archétypes. Aragorn représente l'archétype du noble chevalier, il exprime et manifeste la vertu, le bien, les qualités les plus nobles. Sa prédisposition au Bien est similaire à celle de Luke.
Quand bien même Aragorn aurait une raison du tuer Frodo, il n'aurait jamais cette impulsion, exactement comme Sam. C'est ça que j'ai voulu dire par : Aragorn n'aurait jamais l'impulsion de tuer Frodo, même durant 1.5 sec...non pas parce qu'il n'a pas une bonne raison de le faire mais parce que cette impulsion est à l'opposé de son archétype. Avoir une raison n'est pas suffisant pour justifier cette impulsion de meurtre quand on incarne un héros archétypal profondément prédisposé au Bien. Vouloir assassiner quelqu'un dans son sommeil avec en plus toute la lâcheté que ça implique, quand bien même c'est accompagné par toute la culpabilité de l'univers (ce qui ne vise d'ailleurs qu'à faire passer cette idée infâme), n'est pas une impulsion compatible avec le Luke Skywalder de l'OT. Pour faire plus simple : ce n'est pas dans son logiciel interne.
Je crois que tu as une vision arrêtée et partielle de "l'essence du conte". Prends l'exemple du Petit Chaperon Rouge et compare les versions de Perrault et des frères Grimm. Dans un cas, le Petit Chaperon Rouge se fait bouffer par le loup. Clap de fin. Dans l'autre, un chasseur vient le sauver in extremis avec sa grand-mère en ouvrant le ventre du loup. Qui de Perrault ou des frères Grimm n'a pas compris "l'essence même du conte", sachant que Perrault et les frères Grimm sont deux références en la matière dans notre culture populaire ?
Je n'ai pas une vision arrêtée sur l'essence du conte, j'ai simplement une vision très claire du type de conte narré dans la
trilogie originale. Et c'est ça qui m'intéresse ici puisque je parle de l'unité de l'œuvre.
Alors ? il s'agit de quelle version du conte ? la version dans laquelle le chaperon rouge se fait manger ? la version dans laquelle les chevaliers abandonnent la princesse ?