Le procès

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Shagya
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Le procès

Message par Shagya »

Bonjour à tous,

C'est la première fois que j'écris une fan fiction. J'ai la structure globale en tête, ce devrait être un récit assez court, avec une trame générale chronologique mais également beaucoup de retours en arrière. C'est un premier jet, je pensais proposer des publications régulières parce que j'ai lu, ailleurs, que c'était mieux de procéder ainsi que de publier plusieurs chapitres d'un coup. Mais je m'adapte :) .

Bonne lecture!
Le procès
Chapitre 1
Il était en avance. La salle était déserte. C’était un moment parfait pour s’offrir un petit instant de méditation. Il s’abandonna dans l’un des grands fauteuils, soupira et posa un regard circulaire autour de lui. A bien des égards, la pièce ressemblait à l’ancienne salle du Haut conseil du temple Jedi: haute de plafond, pourvue de larges baies vitrées, elle était généralement baignée de lumière, comme c’était le cas en ce début de matinée. De larges lambeaux de soleil venaient lécher le bord de la grande mosaïque qui ornait le sol. Ne manquait guère que la vue sur les rues trépidantes de Coruscant.
Obi-Wan ferma les yeux et s’adonna aux exercices de respiration habituels: il inspirait de grandes bouffées d’air et expirait longuement en essayant de vider entièrement ses poumons. Puis il recommençait, encore et encore, jusqu’à sentir son rythme cardiaque diminuer progressivement et une légère torpeur engourdir ses muscles. Au loin, les légers cliquetis métalliques audibles de l’extérieur lui parvenaient assourdis. Pourtant, il n’arrivait toujours pas à se détendre tout à fait. Il était trop nerveux.
Il plongea dans la Force et dans ses souvenirs.
Il était alors assis au même endroit. Yoda, lui, se tenait au centre; Qui-Gon, à l’autre extrémité. Avec le temps, d’autres les avaient rejoints, des padawans morts avant d’avoir eu le temps d’achever leur formation: Briales Midrai, une jeune humaine originaire de Garqi, Tarkev Chakra, un abyssin assez agile. Et Kanan Jarrus.
Il appréciait Kanan. C’était un humain d’une trentaine d’années, grand, athlétique, un visage anguleux troué de grands yeux d’un vert intense, presque surnaturel pour cette espèce. Obi-Wan avait beau fouiller dans sa mémoire, il ne se souvenait pas de lui en tant que disciple, puis jeune padawan, quand on l'appelait encore Caleb Dume; par contre, il avait un souvenir plus net de son maître, Depa Billaba, dont il admirait la détermination et le sens du compromis.
A bien des égards, Kanan avait hérité des techniques de combat et de la personnalité de Depa. Mais il était encore très jeune quand cette dernière avait succombé, sous ses yeux, aux tirs de ses propres clones. Il avait continué à s'entraîner seul et avait acquis une manière singulière de se battre: souvent gauche et imprécise, mais également intéressante. En effet, les nombreuses années où Kanan avait vécu, survécu plutôt, encore enfant, absolument seul, meurtri par l’assassinat de son mentor, terrorisé par l’effondrement de tous ses repères, par la crainte d’être découvert et tué à son tour; toutes ces années où il avait été contraint de rompre avec les préceptes avec lesquels il avait été élevé, d’épouser une vie de filou et de contrebandier tout en conservant précieusement, caché au fond de lui-même, son coeur d’enfant de paix; tout cela avait entrainé la création d’une force de combat très singulière, brute, sauvage et sincère.
Obi-Wan poussa un long soupir et focalisa son attention sur ce jour-là. Ils étaient tous réunis dans cette même salle, débattant d’un sujet depuis longtemps oublié, mais moins mus par la nécessité de trouver des solutions que de simplement faire s’entrechoquer leurs idées et s'entraîner à l’exercice complexe de l’écoute mutuelle. Ils débattaient, donc et, à un moment, la conversation s’essoufflant, Kanan, désignant l’un des fauteuils, avait demandé: “mais au fait, à quoi peut bien servir ce siège?”.
Obi-Wan avait sursauté. Avec le temps, à l’instar des autres Jedi, il s’était habitué à voir ce grand fauteuil toujours vide et ne lui prêtait plus attention. La question de Kanan l’obligeait à se rappeler ce que ce vide représentait.
“Le propriétaire de ce fauteuil, jamais ne vient. Mais susceptible de venir, toujours il est, répondit Yoda.
- et qui est ce propriétaire?
- Anakin Skywalker”.
Les yeux de Kanan Jarrus s’étaient tellement arrondis de stupeur qu’ils semblaient sur le point de jaillir de leurs orbites. “Quoi? Darth Vader est lui aussi devenu un fantôme de Force?! Mais c’est une blague!
- Pas Vader: Anakin, riposta Obi-Wan”. Mais Kanan ne décoléra pas. “Anakin Skywalker, puis que vous y tenez, a, en basculant du côté obscur, provoqué la mort de milliers d’innocents et participé au génocide de nombreux Jedi qui le considéraient comme l’un des leurs.
- Mais il est revenu du côté obscur.
- Oh, pardon. Tiens, j’ai entendu dire que l’empereur s’était abstenu d’écraser un irling qui lui volait autour, un jour. Peut-être devrait-on le remercier pour cet acte d’extrême bonté et lui proposer de nous rejoindre, lui aussi?”. La bouche du jeune homme se fendit d’un sourire que vînt contredire l’éclat farouche de son regard. “Il est revenu du côté obscur, dites-vous. Grand bien lui fasse. Mais avant d’en revenir, il l’a bien rejoint!”.
Il poussa un soupir, se cala dans son siège puis, la seconde d’après, changea de position et s’assit au bord. Les mains serrées l’une contre l’autre, il plongea ses yeux brûlants de colère froide dans ceux d’Obi-Wan. “Et QUI a permis à ce monstre de rejoindre la Force? J’imagine que c’est vous?
- Oui, avoua ce dernier, mal à l’aise.
- Super”. Kanan se rassit bruyamment au fond de son siège. “Nous sommes tous là, à pleurer nos morts, à pleurer de valeureux Jedi qui se sont battus jusqu’au bout pour la justice et la liberté et vous, parce que vous ne parvenez pas à faire votre deuil, vous sauvez le seul qui ne méritait pas de l’être, par pur égoïsme. Un égoïsme pas même récompensé! Car votre ancien padawan vous a-t-il seulement remercié comme il se doit? Combien de fois l’avez-vous revu, depuis?”.
Une seule fois. Puis plus rien. Et Kanan avait raison: cela rendait Obi-Wan amer.
Ils avaient poursuivi leur discussion. Les deux autres anciens padawans, qui avaient eux aussi tragiquement entendu parler de Vader, partageaient l’incompréhension de Kanan. Yoda était moins vindicatif qu'eux, mais l’ancien maître d’Anakin savait qu’il désapprouvait sa décision. Qui-Gon, lui, était resté silencieux mais quand il eût été question de destituer Anakin, il avait répondu qu’il fallait en décider à la manière des Jedi: à l’issue d’un procès. “Oui, avait conclu Yoda. Un procès, il y aura”. Un procès à l’issue duquel Anakin Skywalker serait, sans doute, condamné à la mort définitive.

Obi-Wan ouvrit les yeux. Il devait se faire une raison: méditer ne lui permettrait pas de vaincre la tempête émotionnelle qui sévissait en lui. Il se leva et décida de partir; pour cela, il lui suffisait de visualiser la destination souhaitée - c’était l’une des nombreuses possibilités que ses nouveaux pouvoirs lui conféraient - et, l’instant d’après, il foulait le sol de Maridun.
Le Jedi enleva ses chaussures afin de goûter au plaisir de sentir le contact de ses pieds avec la terre ocre. Son sens personnel des convenances lui aurait peut-être dicté un moment d’hésitation de son vivant mais il était désormais affranchi du poids du regard des autres et de la crainte des morsures des bestioles locales. Lorsqu’il marchait, son pied n’imprimait aucune empreinte et, pourtant, il ressentait bien la douceur molle du sol tandis que l’air lourd d’humidité matinale emplissait ses poumons. Il regarda autour de lui. Il aimait ces grands espaces, cette terre rougeoyante sur laquelle se détachaient quelques arbustes vert pâle et maigrichons, ces étendues presque infinies, à peine perturbées par l’érection de gros arbres trapus.
Il marcha en silence, loin des hommes, perdu dans ses pensées. Attentif à ce qui se passait au fond de lui.
Toute sa vie, il avait pris beaucoup de soin à appliquer la philosophie stoïque des Jedi: accéder à l’ataraxie en évitant toute forme d’attachement. Quand il éprouvait une trop forte émotion, il la laissait couler hors de lui. Ainsi, s’il avait ressenti une très vive douleur à la mort de Qui-Gon Jin, il avait réussi à la freiner et à ne pas la laisser contrôler ses perceptions. Si cela n’avait pas été le cas, sa soif de vengeance aurait sans doute obscurci ses sens et ne lui aurait pas permis de vaincre darth Maul… Mais pendant ses longues années d’exil sur Tatooine, il avait dû accepter l’évidence: malgré toutes ces années d’entrainement, malgré toute sa volonté, ce détachement s’appliquait à tout, tout. Sauf à sa relation avec Anakin Skywalker.
Il avait parfois passé des journées entières à méditer, à tenter de mettre à distance ses sentiments mais la nuit venue, les mêmes cauchemars venaient troubler son sommeil et mettre en échec toutes ses tentatives. Et toujours les mêmes questions: comment, pourquoi. Parce qu’après toutes ces années passées aux côtés de son ancien Padawan, à tenter en vain de le modeler selon les préceptes Jedi, il n’avait pas compris que cette relation qu’il croyait ascendante était en réalité réciproque et que ce dernier avait lui aussi changé sa vision de voir les choses. Parce qu’Anakin était impulsif, instable, colérique, mais également empathique, généreux, lumineux, entier. Il aurait donné sa vie pour ceux qu’il aimait et Obi-Wan ne doutait pas un seul instant qu’il avait la chance de faire partie de ce petit groupe. Parce qu’il avait eu la conviction que quoiqu’il arrive, Anakin serait toujours là pour lui. Parce que se sentir ainsi aimé lui procurait un tel sentiment de paix que cette sensation lui était finalement devenue indispensable. Parce qu’il avait aimé cet homme comme jamais il n’avait aimé personne.
Chaque jour, absolument chaque jour depuis son basculement vers le côté obscur, il lui avait manqué. Cruellement. Leurs joutes verbales, leurs chamailleries, leur complicité, le rire d’Anakin, son sourire franc, sincère, qui lui barrait le bas du visage et faisait briller ses yeux, il aurait tout donné pour revoir cela. Alors, oui, quand son ami était revenu du côté lumineux de la Force, il avait agi égoïstement et l’avait appelé. Il avait absolument besoin de le retrouver, mais également de trouver des réponses. Pourquoi. Qu’est ce qu’Obi-Wan avait fait, ou pas fait. Comment aurait-il pu empêcher Anakin de s’auto-détruire. Il avait espéré des retrouvailles. Mais au lieu de cela, il n’y avait eu que du silence.
Obi-Wan se mit à penser à Luke, auquel il allait rendre visite quelques fois. Son fils, lui aussi, cherchait des réponses. Parfois, au cours de ses nombreux voyages, quand le jeune homme déclinait son identité, quelqu’un s’exclamait “Skywalker? Comme Anakin Skywalker? Le héros de la guerre des Clones?”, et Luke se rendait compte avec fierté que son père avait été une célébrité de l’holonet et avait durablement marqué les esprits. Il avait également appris, au cours de ses recherches, qu’il avait été, très jeune, pilote de podracer, mais également esclave. Mais c’est tout. Luke, comme Obi-Wan, tentait désespérément de rattacher toutes ces informations entre elles, mais n’y parvenait pas. Et son père, loin de l’aider, brillait par son absence.

La lumière qui emplissait désormais la salle était plus franche et l’atmosphère, nerveuse. Obi-Wan jeta un regard à son ancien maître. S’il discutait habituellement souvent et bien volontiers avec Qui-Gon, ils n’avaient jamais osé évoquer le procès qui allait débuter d’une minute à l’autre. Dans quel état d’esprit était son ancien maître? Partageait-il, lui aussi, son sentiment de culpabilité? Le Jedi était tout entier à ses réflexions quand il ressentit un choc mental. C’était sans équivoque: il approchait. Sa respiration s’accéléra et il se força à fermer les yeux et à tenter de faire le vide dans son esprit. Mais l’émotion était trop forte et son pouls encore beaucoup trop rapide quand le claquement des bottes raisonna dans le couloir. Le bruit s’intensifia, puis s’arrêta. Il entendit Midrai pousser une petite exclamation de surprise et ouvrit les yeux.
Il comprenait l’étonnement de Midrai. Elle avait beau savoir que Vader était humain, il restait surprenant de constater qu’il existait si peu de ressemblance entre l’homme-machine qu’avait été le seigneur sith et celui qui se tenait devant eux! C’était un homme grand, jeune, paré d’une évidente aura de puissance. Jambes écartées, mains derrière le dos, son regard était résolument dirigé droit devant lui, les traits crispés et le visage, fermé.
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Re: Le procès

Message par Den »

J’ai une petite question avant de démarrer la lecture.
Oh ! Et tout d’abord, bienvenue dans la section fan-fictions !
Donc, la question : tu placerais ton histoire dans l’Univers Étendu Légende ou Canon ?
Ah ! Et aussi : as-tu déjà terminé l’écriture de cette nouvelle ?
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Re: Le procès

Message par Shagya »

Bonjour et merci!

Voici une question que je ne m'étais pas posée! :D A priori le canon... Et la nouvelle n'est pas finie (je suis en train d'écrire le 2° chapitre).

A vrai dire, je pensais supprimer mon post, en fait: j'ai cru me rendre compte que les fan fictions postées ici ne s'appuyaient pas vraiment sur des personnages existants, ou alors en marge... J'ai donc l'impression d'être un peu hors sujet avec mon récit. Ca me fait très plaisir de l'écrire et en ce qui me concerne, ça me donne le sentiment de combler un vide narratif mais c'est sans doute, pour les lecteurs, un texte qui fait un peu "vu et revu"...
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Re: Le procès

Message par Den »

Salutations amigo,

Tout d’abord, je te présente mes plus humbles excuses pour ce retard. Ton message s’était perdu dans les limbes si bien que je ne l’avais pas vu avant aujourd’hui.

Donc, une histoire qui se situerait dans le canon. Chouette !
Prend bien le temps d’écrire ta nouvelle à ton rythme. ;)
Merci pour ta réponse, en tout cas !

Sinon, toutes les fan-fictions sont acceptées ici. C’est vrai qu’on a tendance à écrire sur nos propres personnages, mais des récits sur des personnages existants sont tout à fait acceptés, et même encouragés. Non, non, tu n’es pas hors sujet.^^
Je lirais ta nouvelle avec plaisir dès ce weekend. Tant que tu prends du plaisir à écrire, c’est le principal. ;)

Je te dis donc à très bientôt pour une « critique » sur ce premier chapitre !
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Re: Le procès

Message par Shagya »

Chapitre 2
Temple Jedi, Coruscant, -19 av.BY

Elle avait beau n’avoir que cinq ans, Terral avait tout à fait conscience qu’elle n’était pas très bien cachée.
Pas du tout, même.
Malheureusement, la salle du Haut Conseil n’offrait pas d’autres possibilités. Épurée, elle ne comportait que douze fauteuils de tailles diverses. Située à l’extrémité de l’aile est du Temple, tout en hauteur, ses grandes baies vitrées accolées à des murs lisses, elle était parfaitement conçue pour éviter toute tentative d’intrusion venant de l’extérieur - mais, malheureusement, n’autorisait également aucune possibilité de fuite.
A peine dissimulée derrière l’un des fauteuils, Terral observait ses camarades. Tous tremblaient. Rylmit, un twi’lek tout juste âgé de trois ans de plus, sanglotait en silence. Derrière la porte leur parvenaient distinctement les bruits des tirs de blasters et les vrombissements des sabres, mais également des cris et des râles.
Ils avaient pourtant tenté de fuir de façon plus intelligente, mais toutes les issues étaient condamnées. Depuis les seules sorties envisageables affluaient des centaines de clones, toujours plus nombreux. Les Jedi adultes présents dans le Temple avaient essayé de les protéger mais la majorité d’entre eux se trouvant sur les champs de bataille situés dans la Bordure Extérieure, ils étaient en nette infériorité numérique. La traversée des grands halls du Temple, striés d’éclats lumineux, avait quelque chose d’à la fois sublime et tragique, les grands corps des chevaliers évoluant avec la vivacité et la grâce de danseurs désespérés, ces fabuleux ballets s’achevant dans d’horribles déchirements de chairs.
Elle avait beau savoir que son destin se trouvait sur les champs de bataille, Terral n’aurait jamais imaginé devoir, si jeune, enjamber autant de cadavres. Des adultes, mais également quelques padawans, le sabre encore à la main. Paniquée, la jeune initiée n’avait pas pensé à en ramasser un et se sentait rongée par la culpabilité, sans se dire qu’une arme tenue par une enfant si jeune n’aurait, de toute façon, servi à rien.
Tout d’un coup, la porte s’ouvrit, et le coeur de la petite zabrak sembla s’arrêter de battre. Mais d’autres enfants, plus curieux qu’elle, poussèrent un soupir de soulagement. Intriguée, elle jeta un timide coup d’oeil par dessus le dossier de son fauteuil.
Devant elle, drapé dans sa bure comme s’il n’avait pas encore été contraint de l’enlever pour combattre, se tenait un Jedi. Et pas n’importe quel Jedi: l’un des plus puissants qui soit. L’Elu.
Terral poussa, elle aussi, un soupir. S’il y avait bien quelqu’un qui pouvait les sauver, c’était lui! Elle ne l’avait rencontré qu’une seule fois, mais cela l'avait marquée. Tous les padawans et chevaliers se devaient de rencontrer les initiés afin de leur dispenser un enseignement. Si certains s’attelaient à l’exercice avec facilité, ce n’était pas le cas de tous et Anakin Skywalker faisait de toute évidence partie de la seconde catégorie. Au cours de la matinée qui leur était dédiée, il avait malgré tout réussi à s’ouvrir peu à peu et leur avait raconté toutes sortes d’anecdotes captivantes à propos des batailles auxquelles il avait participé. C’était peu académique, mais fascinant. A la fin de son récit, il avait dû répondre à des myriades de questions, et s’était plié à l’exercice avec bonne humeur. Le souvenir de ce visage rieur tranchait nettement avec celui que le chevalier leur donnait à voir en ce moment, mais comment pouvait-il en être autrement quand tant de Jedi périssaient en ce moment même derrière la porte? Combien d’anciens compagnons d’arme venait-il de perdre?
Un à un, encore tremblants et inquiets, les enfants quittèrent leurs pitoyables cachettes et s'avancèrent vers celui qui devait les sauver. Un jeune humain, un peu plus téméraire que les autres, posa sur lui des yeux inquiets: “Maître Skywalker, ils sont trop nombreux! Comment va-t-on faire pour repousser tous ces clones?”. Il y eût un éclair bleu, qui aveugla Terral; quand elle rouvrit les yeux, elle croisa ceux du jeune garçon. L’un d’eux pendait hors de son orbite, le second la fixait avec étonnement, dans une tête posée à même le sol.
Horrifiée, la zebrak comprit. Seul un changeant pouvait être assez sournois pour les tromper ainsi et épouser l’aspect de l’Elu. Les quelques enfants qui possédaient déjà un sabre laser l’allumèrent, prêts à en découdre, mais alors que l’un d’eux se précipitait déjà vers son adversaire, il se retrouva soudainement projeté à trois mètres du sol. Son petit corps se tortilla dans tous les sens, puis il y eut un craquement et il s’effondra, sa tête formant un angle étrange avec le reste de la silhouette.
Le changeant maîtrisait la Force.
Ce n’était pas possible.
Sidérée, Terral avait l’impression que ses pieds prenaient racine dans le sol froid de la salle du Haut Conseil. Elle regardait autour d’elle, comme aseptisée, les enfants se débattre, les têtes rouler au sol, les corps transpersés, les petites vies brisées dans un fracas inutile et obscène. Elle ne bougea pas non plus quand le visage de l'agresseur la surplomba. Interdite, elle rencontra le regard de celui qui aurait dû les sauver, mais qui la dévisageait au contraire avec la froideur de la mort.
Dernière modification par Shagya le lun. 08 sept. 2025 - 13:55, modifié 4 fois.
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Re: Le procès

Message par Den »

Salut !!

Tout d’abord, désolé du retard. J’ai eu droit à un weekend compliqué. Mais comme promis, je lis la première partie de ta fic. Pour la deuxième partie, il faudra patienter un tout petit peu.

Tout d’abord, je tiens à souligner ton style ! Wahou ! C’est très bien écrit ! Les descriptions que tu nous proposes me donnent vraiment envie de te lire sur d’autres histoires SW. En tout cas, tu m’as happé dès les premières lignes de ton récit. C’est plutôt bon signe, n’est-ce pas ?

J’avoue que je ne connaissais pas tous les Padawans que tu nous as présenté dans les souvenirs d’Obi. Mais j’ai bien reconnu Kanan. Et bien entendu, Depa Billaba ! C’est très plaisant de retrouver des visages connus ! Surtout lorsque ce sont des visages qu’on voit peu dans les fanfics !

Donc, nous ne sommes pas vraiment dans un souvenir mais dans… la Force. Enfin, je veux dire, auprès de fantômes de Force ? On peut dire que c’est très orignal comme concept !

En tout cas, je comprends mieux l’idée du procès. Et sa sentence probable n’en rend l’histoire que plus intéressante. D’autant plus que les doutes d’Obi-Wan concernant sa responsabilité dans la chute d’Anakin, et le manque qu’il a toujours ressenti pour son ancien élève, sont parfaitement décris ! J’ajouterai que tu es une prodige des mots.

En tout cas, je sens que je vais beaucoup aimer suivre ce procès ! J’aime cette ambiance, j’aime ce petit coup de « jeune » que tu as donné aux fanfics, et j’apprécié son originalité !

Tu m’as eu ! Je lirais donc la suite de ton histoire car j’ai vraiment envie d’en connaître le dénouement !

Bravo pour cette fic si bien écrite !

Et à bientôt pour mon avis sur la deuxième partie de l’histoire ! :)

PS : J’espère que mon avis ne t’a pas paru trop long…:/
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Re: Le procès

Message par Shagya »

A mon tour de m'excuser pour ma réponse tardive, je viens tout juste de rentrer de vacances et je ne pouvais pas me connecter facilement... Je voulais te remercier pour ta réponse longue, détaillée et encourageante. Je n'ai pas beaucoup de lecteurs apparemment mais la qualité remplace la quantité! :) En règle générale, j'ai remarqué que tu t'appliquais à dynamiser cette partie du forum et à prendre le temps de conseiller et d'encourager les nouveaux auteurs, et merci beaucoup pour cela. Ce me donne envie, moi aussi, de lire d'autres fanfics...

PS: les deux padawans que tu n'as pas reconnus sont issus de mon imagination et du générateur de noms SW :D Il faut, d'ailleurs, que je travaille un peu mes fiches personnages...
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Re: Le procès

Message par Den »

Il n’y a vraiment pas de souci. On a tous une vie, et elle doit être prioritaire. ;) J’espère que tu as passé de bonnes vacances, en tout cas !

Je te remercie pour les compliments. Ils me vont droit au cœur ! :) C’est avec des messages comme celui-ci que je me rends compte que mes humbles commentaires sont utiles. Merci mille fois.
Si tu as envie de te mettre à lire des Fanfics, lance-toi ! Il y a de très bonnes histoires par ici ! ;)

PS : Ah d’accord ! C’est donc pour cela que je ne les connaissais pas ! ^^

Je te dis donc à bientôt mon ma lecture de la suite de cette histoire ! Cela ne devrait pas trop tarder !

Et encore merci pour ta réponse !
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Re: Le procès

Message par Shagya »

Chapitre 3
L’ambiance était glaciale. Elle rappelait à Obi-Wan ces minutes qui précédaient les batailles, aux pires moments de la guerre des clones, quand les soldats sentaient l’adrénaline couler en eux comme une sève brûlante.
Si Briales gardait les yeux dirigés vers le sol, Tarkev, au contraire, dardait le sien fixement sur le prévenu. Avec son immense corps musclé, ses longs bras arachnidiens terminés par des pinces et son gros oeil orangé, il offrait un aspect réellement terrifiant. Kanan, lui, était assis au fond de son fauteuil, les deux mains posées sur les accoudoirs, dans une ostensible attitude de défi. De l’autre côté de la pièce, Qui-Gon dévisageait l’accusé avec un regard fiévreux. Seul Yoda était, en apparence, détaché - mais Kenobi le connaissait depuis suffisamment longtemps pour savoir qu’il était passé expert dans l’art de dissimuler ses émotions.
A cette atmosphère de franche hostilité, l’attitude d’Anakin contribuait franchement. Jambes écartées, mains jointes dans le dos, menton relevé, il regardait résolument droit devant lui, dans une position quasi militaire. Sa silhouette mince et athlétique le faisait paraître encore plus grand qu’il ne l’était. Son visage était fermé, tendu. Affirmer que l’attitude de l’ancien seigneur Sith était antipathique relevait de l’euphémisme.
En tant que Grand Maître, il incombait à Yoda d’introduire le cadre du procès. Les circonstances étaient, en effet, particulières et les effectifs ne permettaient pas la tenue d’un tribunal tel qu’il aurait eu lieu dans le monde des vivants, ce qui pouvait être gênant étant donné la gravité de la sentence requise. La question fut donc posée à l’accusé: acceptait-il les conditions si particulières de son jugement? A la surprise de son ancien maître, ce dernier répondit néanmoins par l’affirmative, ajoutant qu’il ferait en sorte de répondre avec sincérité et dans un souci d’exhaustivité à toutes les questions qui lui seraient soumises. “Heureux de te savoir dans cet état d’esprit, nous sommes. Temps de poser la première question, il est”. Yoda se racla la gorge. “Cette question, difficile est mais pour mieux comprendre, indispensable. La nature du Côté Obscur, tous les Jedi connaissent mais imparfaitement, de l’extérieur. Jamais dans l’histoire de témoignage direct écouter, nous avons pu. Nous expliquer, tu dois”.
Un léger tressaillement parcourut le côté droit du visage d’Anakin, comme un éclair à peine perceptible. Mais après un léger temps de réflexion, il prit la parole. “Le Côté Obscur, c’est… comment expliquer… je n’ai jamais pris de bâton de la mort, mais c’est un peu le même genre je suppose, en plus fort bien sûr. Ca vous donne l’impression d’être beaucoup plus puissant… sauf qu’en réalité, ça vous rend effectivement beaucoup plus puissant, et c’est tellement enivrant… et addictif…
- comme un bâton de la mort, dis-tu? Déformer la réalité, cela fait aussi?
- oui, enfin, l’exemple est sans doute mal choisi… Je sais qu’il s’agit d’une drogue qui réduit les perceptions et altère les capacités de ceux qui en prennent. Le côté obscur permet exactement le contraire. On se sent… libéré.
- libéré?
- oui.
- libéré de quoi?
- des émotions”. Anakin marqua un temps d’hésitation, puis poursuivit: “Le Côté Obscur ne permet pas de s’affranchir de celles-ci. Mais il les met à distance. Les émotions ne vous gouvernent plus: elles deviennent de simples composantes psychiques sur lesquelles il est possible d’avoir prise, que l’on peut disséquer comme on le ferait d’un quelconque animal mort.
- Comme le ferait un droïde de base, en somme, une vulgaire machine! s’exclama Tarkev”. Plongeant ses yeux bleus et froids dans l’oeil orangé de l’abyssin, Anakin lui répondit: “Exactement. Comme une machine. Ou un Jedi”.
Un vif murmure réprobateur se fit entendre. D’une voix tremblante de colère, Tarkev s’exclama: “Vous osez réellement assimiler les nobles préceptes Jedi au Côté Obscur?!”. L’abyssin était à demi redressé sur son siège et Obi-Wan fut saisi par le contraste que formaient son immense silhouette trapue et celle, longue et longiligne, de son ancien padawan. Opposant à la colère chaude et vibrante de son interlocuteur un masque froid et impassible, ce dernier se contenta de le regarder avec un apparent mépris et ne répondit pas.
Après un bref moment de silence, Yoda reprit la parole. “Les émotions, le Côté Obscur permet de mettre à distance, dis-tu. Pourtant, colère éprouvais-tu, non?
- Si, tout à fait. La colère, la souffrance, la culpabilité… Toutes les émotions négatives, essentiellement. Mais je pouvais davantage les instrumentaliser.
- Les instrumentaliser?
- Les émotions négatives alimentent le Côté Obscur, elles apportent plus de pouvoir.
- Les éviter, tu ne cherchais donc pas?
- Non. Au contraire.
- La culpabilité, non plus?”. Anakin marqua une pause. “La culpabilité, surtout pas”.
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Den
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Re: Le procès

Message par Den »

Chapitre 2 lu !!!

Ahah ! J’ai mis du temps, mais je me suis relancé dans la lecture de ta fic ! J’espère que tu ne l’as pas abandonnée ?

Je te dois quelques excuses pour le retard. Les vacances, la vie, tout ça…

Mais passons à ce qui t’intéresse : mon avis sur ce chapitre.^^

Une fois de plus, je vais te féliciter pour ton style, tes descriptions, et ce sens de la mise en scène ! C’est très propre, carré, il y a tout ce qu’il faut ! J’envie ton talent ! Car c’est une scène terriblement difficile que tu nous contes avec cet extrait. Autant pour le lecteur que pour le spectateur. Et tu l’as fait avec un talent certain ! J’en ai frissonné quand Anakin pénètre dans la salle du Haut Conseil. Et j’ai failli verser une larme lorsque l’événement le plus tragique arriva.

Vraiment, tu nous gratifie d’une vérité importante pour la suite de ton histoire. Importante pour que l’on comprenne pourquoi il faut juger Anakin, pourquoi ces esprits de Force lui en veulent.

Franchement, bravo !

Une remarque cependant, on écrit twi’lek et non twi’leck. Mais ce n’est qu’un détail^^

A bientôt pour mon avis sur la suite!
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Shagya
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Re: Le procès

Message par Shagya »

Merci pour la remarque; faute corrigée! :) Et plus généralement, merci d'avoir pris le temps de me lire et de m'avoir donné ton avis, qui me fait bien plaisir.
Non, je n'ai pas abandonné mon récit, mais j'ai un peu de mal à écrire le 4° chapitre; j'ai même écrit le 5° et entamé le 6°, c'est dire le peu d'enthousiasme que j'éprouve! Mais bon, je vais essayer de le finir quand même, quitte à ce que je revienne dessus plus tard si je ne suis pas satisfaite... Et puis je dois dire aussi que j'ai si peu de lecteurs, que j'ai un peu de mal à écrire en me disant que ça n'intéresse personne mais bon, ça va aller!
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sam sanglebuc
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Re: Le procès

Message par sam sanglebuc »

Mais mais , mais ce n'est pas mal du tout !
Merci à Den de fouiner un peu partout... J'étais complètement passé à côté.
C'est original, bien écrit. Oui, le manque de lecteurs ou lectrices peut décourager, la critique même négative vaut mieux que le rien pourtant !

Quelques coquilles
chapitre 1
" il ne se souvenait pas de lui en tant que disciple, puis jeune padawan, quand il se faisait encore appeler Caleb Dume;"
J'aurais plutôt écrit : "quand il s'appelait encore Caleb Dume" ce qui est son nom de naissance ?

"meurtri par l’assassinat de son mentor, terrorisé par l’effondrement de tous ses repaires (repères) "

"l’écoute mutuelle. Ils débattaient, donc, et à un moment, la conversation s’essoufflant, Kanan, désignant l’un des fauteuils, avait demandé: “mais au fait, à quoi peut bien servir ce siège?”."
On ne met pas de virgule avant "et"

"Les yeux de Kanan Janus (Jarrus) s’étaient tellement arrondis de stupeur qu’ils semblaient sur le pont (point) de jaillir de leurs orbites. “Quoi? Darth Vader est lui aussi devenu un fantôme de Force?! Mais c’est une blague!"

chapitre 2
"A (À) peine dissimulée derrière l’un des fauteuils, Terral observait ses camarades. Tous tremblaient."

chapitre 3
"A (À) cette atmosphère de franche hostilité, l’attitude d’Anakin contribuait franchement."

" “Le Côté Obscur ne permet pas de s’affranchir de celles-ci. Mais elle (il) les met à distance. "



Et une citation qui me touche profondément:
"Parce que se sentir ainsi aimé lui procurait un tel sentiment de paix que cette sensation lui était finalement devenue indispensable. Parce qu’il avait aimé cet homme comme jamais il n’avait aimé personne."

J'attends donc la suite avec impatience !
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Shagya
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Re: Le procès

Message par Shagya »

Merci beaucoup de m'avoir lue et d'avoir pris le temps de ce retour! Et merci pour ce patient relevé de mes coquilles (et de mes fautes) que je viens de corriger. J'essaye de poster le 4° chapitre au plus vite. Bonne journée!
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Shagya
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Re: Le procès

Message par Shagya »

Voilà, enfin, le quatrième chapitre. Que je n'aime pas, que j'ai galéré à écrire, sur lequel je reviendrai sans doute plus tard mais bon, je pose ça là, et je vais enfin pouvoir avancer :)
Chapitre 4
Ferme de la famille Yeesrim, Malastare, -15 av.BY

“Peux-tu apporter le lait de riz épicé?
- Oui, tout de suite!”
De la main gauche, Jia s’empare de la lourde jarre de terre cuite, la salade d’herbe de chèvre bien calée sur son avant-bras droit. Le parfum des croûtons malastariens, tout juste sortis du four et bien dorés, lui chatouille les narines. Commence alors un périlleux numéro d’équilibriste jusqu’à la grande table, sous le regard hilare des enfants. Il est vrai que c’est un peu pour eux qu’elle fait l’andouille… mais c’est aussi parce qu’elle est réellement affamée: cette journée de labeur l’a exténuée! Elle dépose son chargement et s’affale sur sa chaise, fourbue. A sa droite, sa mère lui sourit: “Nous avons tous bien travaillé aujourd’hui, nous avons largement mérité un peu de réconfort!”
La jeune Gran soupire. Le troupeau d’hojirix dont sa famille a la charge est l’un des plus importants de Malastare. L’entretien des bêtes leur permet, certes, d’avoir un train de vie convenable mais cela représente un dur labeur, surtout en période de mise à bât, comme c’est le cas actuellement. Quand elle était trop petite pour s’occuper d’autre chose que du transport de fourrages, Jia adorait cette époque et voir les petits naître les uns après les autres. Maintenant qu’elle est presque adulte, elle apprécie toujours d’assister au spectacle des naissances mais ses nombreuses courbatures lui rappellent l’envers du décor…
La jarre circule de mains en mains, chacun se servant une grande bolée de lait tiède. En attendant qu’elle lui revienne, Jia observe la grande tablée, et sourit.
Les Gran sont des humanoïdes très sociables. À l’instar des troupeaux d’hojirix dont ils ont la charge, ils vivent en groupes. Ainsi, au-delà des murs de sa maison, Jia sait qu’en ce moment même, d’autres grandes familles soupent autour d’une même grande table. Grands-parents, frères et soeurs, cousins… plusieurs personnes vivent sous le même toit, toujours. Pour un Gran, la famille est tout; une tribu soudée, aidante, au sein de laquelle n’existent aucun secret, non-dit, rancune. Parfois, des disputes éclatent, bien sûr, mais ils cultivent comme aucun autre peuple l’art du compromis et de l’empathie. Des conseils de famille ont lieu toutes les semaines, où l’on se dit absolument tout, et tant pis s’ils doivent durer toute une nuit, plusieurs jours parfois dans les cas les plus graves: les conseils ne prennent fin que lorsque absolument tous se sentent en paix avec les autres membres du clan. Les liens qui les unissent les uns aux autres sont la seule chose qui compte vraiment. Parfois, Jia s’est surprise à rêver d’un système politique reposant entièrement sur ces principes; quelle formidable société de paix cela serait! Si seulement Maklooq, leur représentante au Sénat, parvenait à se faire entendre plus sérieusement…
Jia pose un regard circulaire sur les siens. À l’autre bout de la table, sa cousine se mûre dans un silence réparateur: elle a besoin de se recentrer un peu sur elle-même avant de se joindre réellement aux autres et cela est connu et respecté. À côté d’elle, ses deux frères se taquinent un peu bruyamment; ils ont beau avoir trois ans d’écart, ils se comportent comme des jumeaux tant ils sont proches l’un de l’autre. À l’autre extrémité: Nouna, l’arrière grand-mère de Jia, la doyenne du groupe, sage parmi les sages; avec l’âge, ses gestes sont devenus plus lents, ses paroles plus rares mais quand elle parle, c’est toujours pour prononcer des mots sucrés: compliments, encouragements, paroles réconfortantes… le reste du temps, toujours, elle sourit avec bienveillance.
Parents, cousins, oncles… Jia prend le temps d’observer attentivement son immense famille, comme pratiquement chaque soir depuis qu’un voyage lui a fait prendre conscience du caractère exceptionnel qui unit les membres des familles grans. Depuis, elle s’efforce de garder cela en tête et d’apprécier pleinement sa chance. Toute à ses pensées, elle n’a pas remarqué la petite Loun ramper subrepticement sous la table avant de se cramponner à ses jambes en riant. Jia sursaute, puis avise le petit monstre hilare et l’attrape par le col: “Dis donc, toi… tu réclames des chatouilles, apparemment!”. Loun se débat, tandis que sa grande cousine approche d’elle une main menaçante…
Soudain, la porte d’entrée s’ouvre avec fracas et plusieurs stormtroopers apparaissent dans l’encadrement. Les conversations s’interrompent, les rires se figent. Jia pose Noun sur ses genoux et la tient fermement dans ses bras.
Les stormtroopers entrent sans ménagement et se placent tout autour de la grande table familiale, leurs menaçants blasters à la main. Ils sont une dizaine. À leur suite, un immense robot humanoïde fait à son tour son entrée, si grand qu’il doit légèrement se pencher pour franchir l’embrasure de la porte. Son armure noire contraste avec celle des soldats, ce qui heurte la vision très sensible des Grans. Mais, plus que ce contraste trop franc, ce sont les masques que les intrus arborent qui les mettent mal à l’aise: alors que les grans ont des visages très expressifs, ces masques les empêchent de lire finement leurs intentions, qu’ils imaginent cependant belliqueuses, sans qu’ils comprennent bien pourquoi: après tout, il forment un peuple docile, respectueux des lois quelque-soit le pouvoir en place, qu’auraient-ils donc à craindre?
Au bout de la table, Dunan, l’oncle de Jia entreprend de se lever mais le grand droïde l’arrête dans son élan d’un geste de la main: “Nous venons vous interroger à propos de l’homme que vous avez hébergé il y a quelques semaines”. Jia se sent blêmir. Plus encore que cette entrée en matière trop brusque, c’est la voix de celui qui l’a prononcée qui l’inquiète: trop grave, trop fluide même pour un groundmech: il ne s’agit pas d’un droïde, mais d’un cyborg. Or, elle sait que les cyborgs peuvent perdre une partie plus ou moins importante de leur humanité, ce qui lui laisse envisager le pire… Son oncle est sans doute parvenu à la même conclusion puisque c’est avec une déférence accrue qu’il répond: “nous accueillons beaucoup d’étrangers, cela fait partie des piliers de la culture gran; peut-être pouvez-vous nous donner davantage de précisions ?”. Derrière son masque, la respiration du cyborg reste égale, à la fois bruyante et régulière, mais le ton de sa voix trahit son agacement: “Un Imroosien, jeune, grand”.
Jia se souvient parfaitement de cet Imroosien, arrivé effectivement chez eux il y a quelques semaines. Il n’était resté qu’une seule nuit, mais cela l’avait marquée. C’était la première fois qu’elle voyait un être de cet espèce et ses grands yeux d’un noir profond, sa peau éburnéenne et nervurée, sa silhouette longue et filiforme l’avaient subjuguée. Mais plus encore que par la beauté de cet homme, elle avait été heurtée par sa tangible anxiété: son regard fuyant, sa mâchoire contractée, les spasmes nerveux qui troublaient l’harmonie de son visage. Il ne faisait aucun doute qu’il s’agissait d’un homme recherché. Mais comme son oncle l’avait expliqué au cyborg, l’hospitalité était une règle d’or chez les grans qui ne pouvaient y déroger, même si la personne à héberger s’était rendue coupable des pires crimes. L’Imroosien avait été nourri à la table commune, sans qu’aucune question ne lui soit posée, puis avait dormi dans l’étable, avec les bêtes. Le lendemain, il était parti.
“Où est-il? s’impatiente le cyborg.
- nous ne le savons pas. Il a quitté la maison avant l’aube.
- vous ne lui avez pas demandé quels étaient ses projets?
- non
- d’où il venait? Comment il s’appelait?
- non. Nous offrons l’hospitalité à tout le monde. C’est un principe…”. L’oncle de Jia n’achève pas sa phrase. Il y a un craquement, sa tête s’affaisse, son corps s’effondre. Face à lui, de l’autre côté de la table, le cyborg a la main tendue vers lui, un peu fermée, comme s’il l’empoignait. “Il est parfois préférable de savoir remettre en cause ses principes”.
Il y a un moment de latence, puis quelques cris étouffés, un sanglot incrédule et, enfin, un hurlement strident; des têtes se tournent vers l’imprudent, mais le cyborg est plus vif et le corps d’un des cousins de Jia tombe, lui aussi, avant que cette dernière n’ait réellement pu commencer à déchirer le voile de coton qui lui emplit la tête. Avec l’impression que sa tête pèse une tonne, elle la tourne péniblement vers les membres de son clan mais leurs regards sont fuyants ou aussi vides que le sien. Il y a à peine une heure de cela, Jia osait se plaindre de son dos douloureux et de ses doigts meurtris à force de s’être occupée des petits hojirix; en quelques instants, sa vie a basculé, amputée de la mort de deux des siens. Sa douleur est abyssale.
“Je repose ma question: où est-il?”. Personne n’ose répondre. A quoi bon, puisque personne n’a la réponse? L’Imroosien est venu, a partagé leur repas, est reparti, nul ne sait où, nul ne le saura jamais, c’est comme cela. Jia sent un autre corps projeté dans les airs, un autre cri, une autre nuque se briser, mais elle ne sait pas qui, elle a fermé les yeux, elle sait que, de toute façon, ils vont tous mourir. “OÙ EST-IL?!” tempête le monstre. Dans les bras de la jeune gran, elle sent le corps chaud de Loun se recroqueviller contre le sien. Elle penche sa tête vers elle, l’enveloppe de ses bras, comme si elle voulait la protéger mais, en réalité, pour ressentir le plus longtemps possible sa petite vie chaude.
Dernière modification par Shagya le ven. 21 nov. 2025 - 14:53, modifié 1 fois.
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Re: Le procès

Message par Shagya »

Chapitre 5
Obi-Wan baissa les yeux sur ses pieds brunis de terre ocre. Une averse venait de tomber sur Maridun, chargeant l’atmosphère d’une lourde et enivrante odeur de chaleur mouillée. Il inspira longuement, goûtant au plaisir de laisser ce parfum envahir ses poumons et repousser un peu la douleur de son coeur trop lourd.
Il était déçu. Il ne s’agissait pas des retrouvailles qu’il avait espérées.
Il se souvenait parfaitement de la dernière fois où il avait parlé avec son ancien padawan. Celui-ci avait, comme souvent, laissé éclater sa colère mais il prenait souvent le temps, ensuite, de revenir sur celle-ci. Bien sûr, il n’était pas acceptable qu’un chevalier Jedi soit à ce point incapable de contenir ses émotions, mais on ne pouvait nier qu’Anakin essayait sincèrement de le faire, ni qu’il était capable de reconnaître ses erreurs. À son immaturité et son manque de contrôle, il opposait une capacité de repentir sincère et désarmante. Ainsi, quand le jeune homme s’était excusé pour son arrogance, le maître Jedi, peu rancunier, avait senti sa colère fondre comme neige au soleil. Par ailleurs, c’était la première fois qu’ils allaient être séparés, après des mois passés ensemble sur le front, et la dernière chose qu’Obi-Wan voulait, c’était qu’ils se quittent fâchés. Des années plus tard, quand il repenserait, avec douleur, qu’il s’agissait de leur dernière véritable conversation, il se féliciterait de cette décision.
Mais combien de non-dits, encore, derrière ces paroles réconfortantes et ces “Que la force soit avec vous” échangés. Quand Anakin lui avait affirmé qu’il aurait besoin de lui pour traquer Grievous, il ne prononçait pas les bons mots: “je m’inquiète pour vous” ou - Obi-Wan le devinait, au vu des événements qui allaient suivre: “ne me laissez pas seul, j’ai besoin de vous”. Ce dernier, lui non plus, n’avait pas livré le fond de sa pensée: “je m’inquiète pour toi. Je sens que quelque-chose ne va pas. À mon retour, nous en parlerons”. Malheureusement, à son retour, c’était trop tard.

Oui, Obi-Wan avait espéré d’autres retrouvailles. Avec un Anakin plus chaleureux, plus humain. Un retour dans le passé, en somme. Au lieu de cela, il se retrouvait face à un être froid, hautain, qui refusait ostensiblement de croiser son regard. Était-ce Vader qui avait à ce point déteint sur lui? Ou Obi-Wan qui avait, toutes ces années où Anakin avait été son apprenti, refusé de voir la réalité: que le petit garçon, puis le jeune homme, n’était pas ce qu’il imaginait mais déjà un monstre en devenir? Il se souvînt de sa crise d’adolescence carabinée, pendant laquelle, après l’avoir idolâtré, Anakin n’avait eu de cesse de défier son autorité et de remettre en cause ses compétences. Une période conflictuelle pendant laquelle Obi-Wan, malgré sa sagesse exemplaire et sa patience absolue, avait plusieurs fois été tenté de remettre physiquement à sa place cette boule de nerfs arrogante et dédaigneuse. Mais la crise s’était progressivement estompée et les deux hommes avaient fini par nouer une relation amicale, fraternelle même, au point que le maître Jedi avait régulièrement défendu farouchement son ancien apprenti contre les membres du Conseil. Se pouvait-il que son amour pour Anakin l'ait empêché de voir clair? Et qu’il ait refusé de voir ce que d’autres avaient pu discerner plus objectivement?
Obi-Wan se mit à penser à la fin de cette première journée de procès. Après l’avoir questionné sur le Côté Obscur, les Jedi étaient revenus sur les débuts de sa formation et son intégration au sein du Temple. Quand Anakin avait expliqué que celle-ci avait été difficile et qu’il n’avait pas réussi à se faire d’amis, Tarkev et Kanan avaient échangé un sourire plein de sous-entendus. Le futur Darth Vader était-il déjà, dès l’enfance, un être détestable?

Dernière modification par Shagya le ven. 21 nov. 2025 - 14:48, modifié 1 fois.
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Re: Le procès

Message par Shagya »

Chapitre 6
Temple Jedi, Coruscant, -31 av.BY

“Enfin!”. Obi-Wan poussa un soupir bruyant. Il lui semblait que cela faisait des heures qu’il courait dans tous les sens à la recherche de son padawan. Et le Temple était si grand! C’est avec un mélange de soulagement et de colère qu’il s’approcha de la petite boule tassée au fond du couloir.
Ce n’était pas la première fois qu’Anakin lui infligeait ces exaspérantes parties de cache-cache. Cet enfant ne tenait pas en place! Et cela n’était pas seulement le fait de son âge: même si Obi-Wan avait lui aussi été plutôt vif, cela était sans commune mesure avec le tempérament de celui-ci. Un pilote de podracer, tu parles! Si le jeune chevalier Jedi avait eu la possibilité de choisir lui-même son padawan, comme le voulait la tradition, ce n’est certainement pas sur lui qu’il aurait jeté son dévolu…
Tout en fulminant, Obi-Wan s’était peu à peu approché de l’enfant, puis avait progressivement ralenti son pas. Le petit garçon habituellement agité et volubile se tenait dans une position inhabituelle pour lui: recroquevillé sur lui-même, la tête entre les genoux. Quand il entendit les pas de son maître, il la leva doucement et lui offrit un petit sourire triste. Ses yeux étaient gonflés. Quelque chose n’allait pas.
Le chevalier s’approcha doucement, puis s’adossa au mur et se laissa glisser le long de celui-ci. “Je t’ai cherché partout. Tu devais me rejoindre après ton cours d’escrime, tu avais oublié?
- Désolé, Maître. J’avais… j’avais la tête ailleurs”.
- Obi-Wan soupira à nouveau. Ce n’était décidément pas cette fois qu’il pourrait s’adonner à l’une de ses - trop - nombreuses leçons de morale. Il s'efforça de faire taire sa colère afin d’offrir une écoute totale à son jeune apprenti.
“Il s’est passé quelque chose pendant le cours?
- oui.
- comme d’habitude?
- oui”.
Un silence s’installa entre eux.
Juste après son arrivée au Temple, Anakin avait intégré sa nouvelle classe. Cela ne s’était pas très bien passé, et ce pour deux raisons principales. La première était due au tempérament du garçon: il n’avait pas fait preuve d’animosité ou de timidité excessive envers les autres élèves, bien au contraire, mais sa volubilité, son enthousiasme, son dynamisme contrastaient beaucoup trop avec l’attitude exigée par l’Ordre. Biberonnés aux valeurs Jedi, habitués depuis le berceau à côtoyer des Maîtres mesurés et réfléchis, ces derniers avaient été désagréablement surpris par les manières trop vives du nouveau venu.
La seconde raison pour laquelle Anakin avait eu du mal à s’intégrer était due à ses compétences. En effet, en raison de son âge, il avait d’emblée été admis dans un niveau avancé. Or, il avait alors à peine conscience de ses capacités et il ne savait absolument rien faire, pas même soulever un simple objet avec l’aide de la Force! Il avait dû essuyer des moqueries à peine déguisées et qui l’avaient fait souffrir. Mais il ne s’était pas laissé abattre et avec l’aide de son Maître, il avait décidé de rattraper son retard et s’était mis à travailler avec acharnement. Et cela avait payé… trop, même. Car il apparût très vite évident que le nouveau venu possédait un don hors du commun. Quand les autres apprentis mettaient des semaines, voire des mois à acquérir une capacité, Anakin n’avait besoin que de quelques jours. Non seulement il rattrapa son retard mais dans tous les cours qui exigeaient l’usage de la Force, il se retrouva rapidement en tête de classe. Les cours d’escrime étaient devenus des spectacles auxquels venaient assister des chevaliers admiratifs, au grand dam d’Obi-Wan qui supportait difficilement d’être le maître d’un padawan aussi exposé à la lumière. Et puis, on ne sait trop comment, dans les rangs des Padawans, naquit une rumeur: Anakin serait l’ “Elu”... La rumeur enfla, s’intensifia et le groupe des apprentis se scinda en deux camps: les jaloux, qui se moquaient plus ou moins ouvertement du jeune garçon, et les intimidés, qui le considéraient avec une déférence distancée. Mais le résultat était le même: Anakin restait absolument seul.
“Ce n’était pas comme ça, sur Tatooine?” lui avait demandé Obi-Wan la première fois qu’Anakin s’était confié à lui. Non, ce n’était pas comme ça sur Tatooine. Là-bas, le futur Jedi avait des amis et les règles du jeu étaient différentes. Là-bas, les esclaves savaient que leur vie ne valait rien. Obi-Wan avait été horrifié de recueillir les récits de son padawan, notamment cette fois où, alors qu’il jouait avec un ami, le maître de ce dernier avait décidé de faire sauter sa puce. Comme ça, pour le plaisir. Parce que son ami riait trop fort à son goût. Parce qu’il en avait le pouvoir. Et Anakin avait un souvenir très précis du moment, très bref, où le visage ouvert et rieur du petit garçon avait laissé place à un répugnant amas de chair sanguinolente. La vie d’un esclave, même celle d’un enfant, ne valait rien et au lieu de les rendre insensibles, elle les liait les uns aux autres avec une rare intensité. “Personne ne se moquait donc de toi, sur Tatooine?”. Oh si, bien sûr qu’on se moquait de lui. Quand Anakin avait commencé à questionner sa mère à propos de l’identité de son père, cette dernière lui avait expliqué qu’il n’en avait pas, qu’il était né sans en avoir besoin. Ce prodige l’avait émerveillé et il en avait parlé tout autour de lui. Mais les gens n’avaient pas eu la réaction escomptée et l’avaient raillé: sa mère était une menteuse, elle ne voulait pas avouer qu’elle ne connaissait tout simplement pas l’identité de son géniteur, pas étonnant vu le nombre d’hommes qu’elle accueillait chaque soir… Il était extrêmement douloureux, pour le petit garçon, d’entendre sa mère, celle qui était tout pour lui, qui lui apportait la douceur nécessaire pour affronter la rudesse de Tatooine, ainsi moquée; et aucun petit garçon ne devrait avoir ainsi conscience des sévices que l’on fait subir chaque soir à sa maman.
Non, Anakin Skywalker n’avait pas eu la même enfance que les autres apprentis Jedi. Alors que ces derniers vivaient dans un milieu protégé, au sein du cadre parfaitement huilé qu’offrait le Temple, le padawan d’Obi-Wan avait vécu l’Enfer. Ils apprenaient à devenir les combattants les plus talentueux de la galaxie mais vivaient dans un Etat de paix, à peine conscients des hypothétiques menaces contre lesquelles ils devraient un jour lutter; il avait connu des dangers bien réels et la panique liée au fait de se sentir vulnérable.
Obi-Wan n’avait pas besoin de plonger intensément dans la Force pour comprendre quelles étaient les émotions de l’enfant. Il pouvait lire en lui comme dans un datapad allumé et se fit la réflexion que, réellement, il devrait axer son enseignement sur ce point. En attendant, il inclina sa tête vers lui: “Ta mère te manque”. Ce n’était pas une question, mais le petit garçon acquiesça tristement. “Parfois, je me dis que ce serait plus simple d’être comme vous.
- Comme moi?
- Comme vous, comme les autres. Orphelin”.
Cette réflexion surpris et amusa le chevalier Jedi. Il sourit: “Ce n’est pas vrai: j’ai de nombreux parents! Et des enfants, des cousins…”. Il dessina un large mouvement circulaire de la main: “Les Jedi sont ma famille. La plus grande et fabuleuse famille qui soit.
Ce n’est pas pareil”, répondit tristement le padawan.
Peut-être. Après tout, Obi-Wan n’en savait rien. Comme tous les autres Jedi, il avait été repéré très jeune et enlevé à sa famille. Il n’avait que de vagues souvenirs d’une femme souriante mais il n’était pas tout à fait sûr que ce soit sa mère - ni même que ce soit un vrai souvenir, d’ailleurs. Parmi les sénateurs, une poignée d’entre eux, très minoritaires, s’insurgeaient contre ce qu’ils estimaient être une forme de “violence criminelle”. Mais Obi-Wan n’était pas de cet avis. Certes, cet enlèvement était parfois extrêmement douloureux pour les familles concernées mais cela ne se faisait jamais sans leur accord et l’immense majorité d’entre elles, conscientes de la chance que représentait le fait d’être élevé au sein de l’Ordre, y consentaient de leur plein gré. En outre, les apprentis étaient élevés dans le respect de leur culture d’origine. Enfin, en ce qui concernait les enfants eux-mêmes, ils étaient de toute façon beaucoup trop jeunes pour se souvenir de quoi que ce soit; or, comment peut-on regretter quelque chose si on ne l’a jamais connu?
“Vous ne savez pas vraiment ce que c’est, d’avoir une maman, n’est-ce pas?”, demanda Anakin, comme s’il avait lui aussi lu dans les pensées de son maître. Ce dernier soupira: “C’est vrai, je ne sais pas. Peut-être pourrais-tu m’éclairer à ce sujet?”. Le petit garçon leva les yeux vers lui, le regarda quelques secondes puis les posa sur un point imaginaire et mouvant, derrière d’eux. “Une maman… je ne sais pas ce que c’est, une maman, il y a des mères tellement différentes! Sur Tatooine, peut-être parce que la vie était difficile, il y en avait de très dures, qui battaient leurs enfants. Mais ma maman à moi, elle était comme les mamans des histoires: très douce et pleine d’amour”. Anakin déglutit. “Ma maman… même si elle avait passé une très mauvaise journée, je savais qu’elle serait toujours contente de me voir. Et pas pour quelque chose que j’aurais dit, ou fait; même si je m’étais battu, que j’avais mal travaillé ou que j’avais, encore, perdu une course. Juste parce que c’était moi. Je n’ai jamais eu à essayer de mériter son amour. À côté d’elle, je me suis toujours senti spécial, la plus grande source de joie de celle qui était également la mienne”.
Cette dernière phrase laissa Obi-Wan songeur. Avec Satine aussi, avant que son sens du devoir le rattrape, il avait, brièvement, éprouvé cette chance inouïe d’aimer et de se sentir aimé en retour. Bien sûr, l’amour filial n’était pas tout à fait de même nature, il le savait bien: il était moins passionné et donc plus calme, plus égal; mais le fait d’avoir vécu cette expérience, de s’être senti singulier aux yeux de quelqu’un qui compte, lui permettait de comprendre, un peu, ce que ressentait son disciple.
“Ma maman…”, continua Anakin, “elle était très douce. Elle avait une toute petite voix, très mélodieuse, mais il fallait faire l’effort de l’écouter et beaucoup de personnes ne le faisaient pas, cet effort. Elle était timide, n’aimait pas se faire remarquer, rougissait quand on lui disait quelque chose de gentil. Avant de se rendre au marché, elle prenait le temps de mettre par écrit ce qu’elle devait acheter, mais également ce qu’elle devait dire: “bonjour, monsieur”, “des courges hubbas pas trop mûres s’il-vous-plaît”... Elle ne prenait pas de place et ça me faisait mal de voir que personne ne faisait l’effort de la connaître alors qu’elle avait tant de tendresse, tant d’amour à donner. Elle savait rendre les gens heureux. C’est pour ça que je tenais tellement à gagner la Bounta: pour moi, bien sûr, mais surtout pour elle, pour qu’en me regardant moi, on la regarde elle et qu’on se rende compte de ce que ça donnait, d’avoir eu la chance d’être élevé par cette mère-là”. Anakin soupira. “Maintenant, quand je réussis des trucs, je suis content, bien sûr, mais elle n’est plus là et ce n’est plus pareil.
- Je suis là, moi…
- Mais vous n’avez pas besoin de moi, vous!
- Tu sais, Anakin, je ne pense pas que ce soit le rôle des enfants de se préoccuper de leurs parents.
- Je sais, mais… ce n’est pas seulement que je me préoccupe d’elle… on veillait l’un sur l’autre en fait, elle aussi, elle se préoccupait de moi. Elle trouvait toujours les mots pour me réconforter quand j’en avais besoin, me racontait des histoires fabuleuses de dragons solaires aux coeurs explosant d’amour… Ses histoires, ses caresses, tout ça… j’y pense sans cesse…”. Il poussa un petit soupir triste.
Obi-Wan observa longuement le visage de son padawan, sa tête baissée, ses yeux humides. Quand ce dernier lui demanda s’il avait des nouvelles concernant la libération des esclaves, il répondit, comme d’habitude, qu’il n’en avait pas mais qu’à sa connaissance, d’autres affaires, plus urgentes, avaient la priorité. Mais son coeur se serra. Parce qu’au fond, il savait que si l’Ordre n'intervenait pas dans ce sens, c’était également pour éviter, justement, que la mère et le fils se retrouvent: l’intégration d’Anakin, jugé trop vieux et trop attaché à la figure maternelle, avait été difficile et Obi-Wan, que le fait de s’opposer à la décision de l’Ordre avait rendu nerveux, ne se sentait pas la force d’insister en vue de retrouvailles qui n’étaient pas considérées comme souhaitables. Alors le Chevalier terrait ce non-dit au plus profond de son être, mais ce secret lui était douloureux.
Au bout d’un certain temps, Obi-Wan se leva afin d’aller chercher de l’eau. Il était désemparé. Malgré sa patience, son écoute, il se sentait impuissant à venir à bout de la tristesse de son jeune disciple. Il était tout à ses pensées quand il entendit une voix familière lui demander s’il allait bien. Il se retourna. Face à lui se tenait le visage affable du Chancelier Suprême. Malgré la charge de travail importante qui lui incombait, ce dernier prenait toujours le temps d’échanger avec les chevaliers. Il était beaucoup plus ouvert que son prédécesseur et Obi-Wan l’appréciait. Sans entrer dans les détails, il lui expliqua qu’il ne savait comment s’y prendre pour consoler son padawan, qui ressentait trop vivement les morsures du manque. “Je suis certain qu’un homme aussi bon et empathique que vous avez entrepris tout ce que vous pouviez pour aider votre petit protégé. Mais, avec tout le respect que je vous dois, Chevalier, il vous manque un élément essentiel: l’expérience”. Obi-Wan, qui était parvenu à la même conclusion, ne pouvait qu’acquiescer. “Pour ma part j’ai, malheureusement, comme beaucoup d’hommes de mon âge, eu à surmonter la perte ô combien douloureuse de ma propre mère. Je sais à quel point cette peine-là peut être vive, et je crois pouvoir trouver les mots pour expliquer comment il est malgré tout possible de parvenir à la surmonter. Souhaitez-vous que j’essaye de m’entretenir avec le jeune Skywalker?
- C’est très aimable à vous, mais vous avez sans doute mieux à faire…
- Pensez-vous! Rien n’est plus important à mes yeux que le fait d’aider mes amis Jedi. Les affaires de l’Etat peuvent bien attendre quelques minutes! Par ailleurs, dit-il en baissant la voix, tout à ma dévotion pour la chose politique, je n’ai malheureusement jamais trouvé le temps de rencontrer une compagne et de devenir père, ce que je regrette aujourd’hui profondément. Cela me ferait le plus grand bien de m’occuper d’un enfant”.
Obi-Wan insista encore un peu, pour la forme, mais le Chancelier Palpatine semblait si fort disposé à l’aider qu’il céda rapidement. En regardant s’éloigner le chef d’Etat, sa longue silhouette noire se détachant sur les murs immaculés du Temple, il se dit qu’il avait, tout de même, beaucoup de chance de connaître un homme tel que lui.
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sam sanglebuc
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Re: Le procès

Message par sam sanglebuc »

d'abord quelques corrections de coquilles:


chapitre 4

"Le troupeau d’hojirix dont sa famille a la charge est l’un des plus importants de Malestore. "
Malestore ? Tu as inventé une ville de la planète Malastare ou c'est une coquille ?

"elle apprécie toujours d’assister au spectacle des naissances mais ses nombreuses courbatures lui rappellent l’envers du décors… " (décor)

"A l’autre bout de la table, sa cousine se mûre dans un silence réparateur: " (À l'autre) (se mure)

"A l’autre extrémité: Nouna, l’arrière grand-mère " (À l'autre)

"A côté d’elle, ses deux frères se taquinent un peu bruyamment; " (À côté)

"toujours pour prononcer des mots sucrés: compliments, encouragements, paroles réconfortante… "
(réconfortantes)

"A leur suite, un immense robot humanoïde fait à son tour son entrée, " (À leur)

"ce sont les masques que les intrus abhorrent qui les mettent mal à l’aise: " (arborent)

cela fait partie des piliers de la culture gran; peut-être pouvez-vous nous donner davantage de précisions”?”. (un " de trop à la fin)

"Il y a à peine heure de cela, Jia osait se plaindre de son dos douloureux et de ses doigts meurtris "
(à peine une heure de cela)

 “OU EST-IL?!”  (OÙ)


chapitre 5

"A son immaturité et son manque de contrôle," (À son)

"A mon retour, nous en parlerons " (À)


chapitre 6

accents oubliés sur les majuscules...

Satyne (Satine)

"C’est (pour) ça que je tenais tellement à gagner la Bounta: pour moi, bien sûr, mais surtout pour elle, "




L'écriture est toujours aussi agréable et ces parties où tu nous plonges dans cette horrible secte de l'Ordre Jedi me révulsent !
Le non dit d'Obiwan sur la libération des esclaves, "comment peut-on regretter quelque chose si on ne l’a jamais connu? " et tant d'autres choses affreuses mais si passionnantes à lire !

Cette humanité capable du plus grand amour comme de la pire haine... Mais il nous reste encore un espoir !

Merci et hâte de lire la suite !
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Shagya
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Re: Le procès

Message par Shagya »

Merci beaucoup pour cette relecture attentive! Je vais de ce pas corriger mes nombreuses fautes. Et sinon, oui, je voulais écrire "Malastare" et non autre chose...
Merci, par ailleurs, pour tes encouragements! Je vais essayer d'écrire de façon plus régulière... Bonne journée!
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Shagya
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Re: Le procès

Message par Shagya »

Chapitre 7
“Vous n’étiez pas un enfant très obéissant, semble-t-il”, conclut l’abyssin. Pendant plus d’une heure, Briales, la tête penchée sur son datapad, avait égrené la liste des “exploits” de l’ancien padawan et qui avaient donné lieu à des rapports: toutes ces fois où il avait changé la configuration des holo-écrans de la cantine afin de remplacer la liste des menus par la retransmission d’une course de modules par exemple, ou lorsqu’il bravait le couvre-feu afin de s’aventurer dans les décharges des bas-fonds à la recherche de pièces détachées visant à réparer ses droïdes.... Et, bien sûr, cette fameuse fois où il s’était retrouvé, à l’âge de neuf ans, embarqué à bord d’un Naboo N-1. “Et encore, ce n’est là qu’une petite partie de vos frasques! Il semblerait, d’après les recherches effectuées par Briales, que la gravité de vos manquements à l’autorité ait encore monté d’un cran quand vous avez atteint l’âge de 13-14 ans…”.
Obi-Wan soupira au souvenir de cette époque ô combien éprouvante pour lui. La seconde bataille de Geonosis et celle de Ryloth étaient une partie de plaisir par rapport à la plus sanguinaire de toutes: la crise d’adolescence d’Anakin. Du jour au lendemain, presque, le petit garçon, certes rebelle, mais souriant, curieux et débordant d’admiration s’était transformé en monstre colérique et méprisant. Si seulement, à l’instar de la plupart de ses camarades, il avait fait montre de la léthargie propre à son âge! Mais non, il était encore plus vif et instable qu’avant. Un véritable concentré de colère et de nervosité auxquelles le chevalier, en première ligne, avait bien du mal à faire face et s’il avait parfois pu se laisser aller, autrefois, à regretter de ne pouvoir devenir père un jour, ces ténébreuses années l’avaient bien vite calmé.
Que l’enfant ait pu jouer l’équilibriste sur le fil ténu entre respect des règles et désobéissance, cela restait inexcusable, mais pouvait se comprendre au regard de son passé d’esclave. Il s’agissait toujours, néanmoins, de “gentilles” bêtises. Les frasques de l’adolescent faisaient montre de sentiments bien plus sombres: jalousie, rancune, arrogance… tant d’émotions qui auraient dû être domptées depuis longtemps eu égard au nombre d’années passées par le jeune homme au sein du Temple. Cette féroce impétuosité creusait encore l’écart entre l’apprenti d’Obi-Wan et les autres padawans, plus réfléchis et posés à mesure qu’ils avançaient en âge. Quand les plus doués d’entre eux furent adoubés, cela ne fit que redoubler la colère d’Anakin, qui se savait plus puissant que ses camarades. Il ne semblait pas remarquer à quel point ces derniers avaient désormais peur de lui et de ses réactions imprévisibles. Son isolement et le sentiment d’injustice qu’il nourrissait bien malgré lui le rendaient triste, mais pas plus avenant. Il ne se remettait pas en cause. Et plus le temps passait, plus Obi-Wan redoutait son éviction de l’Ordre. A moins d’un miracle…
“Mais qu’avez-vous donc fait?!”. Obi-Wan tressaillit. Tous tournèrent la tête du côté opposé à celui-ci, là où avait retenti la voix grave et posée de Qui-Gon Jin, si discret jusqu’à présent que son ancien apprenti avait presque oublié sa présence. “Qu’avez-vous donc fait?” répéta le Jedi, et sans sa question ne perçait pourtant aucune colère, juste une immense lassitude. Briales releva la tête de son datapad: “Quelque-chose ne va pas, maître Qui-Gon?
- Rien ne va. Rien”.
Il se pencha en avant, les deux mains fermement posées sur ses cuisses et dévisagea longuement chaque personne assise. Quand il plongea ses yeux dans les siens, Obi-Wan eu du mal à ne pas les baisser. “L’enfant que j’avais confié à l’Ordre n’était pas comme ce monstre que vous décrivez. Il était d’une gentillesse infinie: toujours prêt à rendre service aux autres, m’avait expliqué Shmi, et je ne crois réellement pas qu’il ne s’agissait que d’une marque de fierté maternelle. Il était, certes, doué d’une grande combativité, une volonté de dépasser ses limites, ce qui lui a notamment permis de se rendre précieux aux yeux de Wattoo et de remporter brillamment la Boonta. Mais il n’a jamais souhaité s’élever en écrasant les autres. Il…
- Taisez-vous”.
Tous tournèrent la tête, surpris, vers Anakin. Alors que celui-ci s’était montré froid et méprisant jusqu’alors, il irradiait d’une colère à peine rentrée. Le poids de son corps porté vers l’avant, la jointure de ses doigts blanchie par la contraction de ses poings fermés, il regardait celui qui aurait dû être son maître par en-dessous. Kenobi était frappé par la violence du regard, noir et haineux, que le jeune homme dirigeait à l’encontre de son mentor - de la seule personne à avoir pris ouvertement sa défense depuis le début du procès. Face à lui, son interlocuteur semblait, lui aussi, stupéfait par cette violence parfaitement inattendue. “Mais… balbutia-t-il, qu’est-ce que…
- Taisez-vous!” répéta Anakin, en criant cette fois, et ce cri se brisa sur les murs immaculés de la fausse salle du Conseil. “Tout ceci est de votre faute!”.
Qui-Gon se rassit lourdement dans son fauteuil, les yeux écarquillés par la surprise: “Ma faute? Mais je..
- Ils vous avaient pourtant bien dit que j’étais trop vieux! Que mon avenir était chargé de nuages, que j’étais dangereux! J’étais là, j’ai tout entendu, ne vous en souvenez-vous pas? Pourquoi ne les avez-vous pas écoutés?”, hurle l’ancien seigneur Sith.
Face à lui, Qui-Gon semblait statufié - comme l’étaient, d’ailleurs, tous les membres de l’assemblée; tous, sauf Anakin, dont la colère explosive tranchait avec l’immobilité et le mutisme de ceux qui l’entouraient.
“Vous pensez que tout cela me fait plaisir? continue-t-il, toujours en hurlant. Vous croyez vraiment que j’ai voulu tout cela, toute cette horreur? Que c’était mon rêve de gosse, de devenir un tueur d’enfants? Ma mère ne cessait de me répéter que j’étais un dragon solaire, que j’étais destiné à protéger les miens, à les rendre heureux. J’ai quitté Tatooine en me disant que j’allais ensuite me battre pour réparer les injustices dans toute la galaxie, comme tout chevalier Jedi se devait de le faire. J’étais né pour ça, fait pour ça! Pas pour causer la mort de milliers d’innocents!”.
Bien qu’Obi-Wan ne l’aurait pas cru possible, la voix d’Anakin gagna encore en intensité: “J’ai causé la mort de nombreux chevaliers auprès desquels j’ai pourtant combattu, que j’ai admirés et appréciés; j’ai tué des enfants - des enfants! venus me demander de les protéger! J’ai tué…”. Il marqua une pause, la voix soudainement étranglée: “J’allais être père, je voulais être père, un bon, présent, soutenant, à l’image de celui que je n’ai jamais eu et dont j’ai toujours secrètement rêvé; je n’ai pas été ce père, j’ai même cherché à tuer mes propres enfants, et ce même en sachant pertinemment quel lien nous unissait! J’ai… j’ai tué celle que je m’étais pourtant promis de sauver que j’aimais plus que tout, plus que moi-même, sans qui la vie me semblait plus froide que la mort! J’ai… tué mon ami, mon mentor, mon frère, à qui j’ai sauvé plusieurs fois la vie et à qui j’ai pourtant voué une haine aussi incompréhensible que démesurée…”. Le coeur d’Obi-Wan se serra alors que la voix de son ancien disciple se brisa à nouveau. “Je n’ai pas voulu tout ça… Dans mes pires cauchemars, je n’aurais pas imaginé pareille horreur… Et le pire… L’une des choses les plus pathétiques qui soient… C’est qu’encore maintenant, malgré tous ces moments passés à essayer de comprendre, je ne saisis pas encore bien exactement comment j’en suis arrivé là…”. Anakin se redresse. “C’est pour cela que j’ai accepté de venir. Dans l’espoir que vous m’aidiez à comprendre…
- Certainement également pour te défendre et échapper à ta condamnation à mort”, rétorqua Obi-Wan.
C’était la toute première fois qu’il prenait la parole depuis le début du procès. Les épaules d’Anakin tressaillirent; il dirigea son buste vers lui et, la tête baissée, sans le regarder: “Parce qu’avec tout ce que je viens de dire, tu imaginais vraiment que j’avais envie de vivre?”.
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Re: Le procès

Message par Shagya »

Chapitre 8


Quelque-part entre Tatooine et Coruscant, -32 av.BY

L’enfant a froid. Très froid.
Bien sûr, il se doutait bien que l’espace serait plus froid que sa planète rongée par le désert. C’est d’ailleurs ce que lui a rappelé l’ange, pendant que les deux Jedi étaient occupés à converser à propos du grand démon rouge qui les avait attaqués quelques instants plus tôt. Il ne leur en voulait pas, bien sûr, mais tout de même, il aurait aimé qu’ils fassent plus grand cas du sacrifice qu’il venait de faire.
Sa mère.
Il n’avait pas eu le temps d’y penser, sur le coup. Il s’était senti chosifié, tiré par lui, poussé par elle; il avait à peine eu le temps de lui faire savoir sa désapprobation. L’entendre le supplier de partir l’avait meurtri; ne ressentait-elle donc pas, elle aussi, cet immense déchirement? Seule l’avait convaincue la certitude que, bientôt, il reviendrait; oui, quand il aurait eu la possibilité, à la capitale, d’expliquer que loin d’eux, dans la bordure extérieure, des esclavagistes faisaient fi des lois de la République, alors les sénateurs enverraient ces prodigieux chevaliers Jedi délivrer les esclaves et l’enfant et sa mère tomberaient dans les bras l’un de l’autre en pleurant des larmes de joie.
En attendant, l’enfant a froid.
Il sert bien fort contre lui le châle donné par l’ange et qui couvre à peine son petit corps vêtu des habits amples et clairs de Tatooine, spécialement conçus pour laisser circuler l’air entre les mailles légères des étoffes. Il a froid et il est seul. Au loin, il entend la voix grave de celui qu’il a suivi répondre à celle, plus claire, du jeune homme qui l’accompagne. Ce dernier lui a semblé un peu hostile à son égard, mais peut-être n’était-ce qu’une impression? Ils l’emmènent au Temple pour, paraît-il, lui permettre d’entamer sa formation de Jedi. Il n’avait jamais envisagé cela; dans ses rêves, il se voyait plutôt pilote, ou inventeur; un pilote célèbre ou un inventeur de génie, évidemment, mais Jedi, ça… après tout, pourquoi pas? Tout, pourvu que ce soit glorieux et que ça lui permette de sortir de cette vie de misère, où la galaxie ignore tout de votre insignifiante existence. Mais maintenant, l’enfant se demande s’il a fait le bon choix.
Si tant est qu’il ait jamais eu la possibilité de choisir.
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Re: Le procès

Message par sam sanglebuc »

Moment d'ironie sinistre : Obi Wan parle de condamnation à mort, de justice terrestre, alors qu'Anakin est déjà mort (fantôme de la force et VEUT être mort).
Pour moi qui aime détester l'Ordre jedi, ce chapitre est un régal !
Merci et bonne année à toi !
Je prépare les corrections de coquilles, hâte de continuer à te lire !
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Re: Le procès

Message par Shagya »

Top, merci pour ton retour, et bonne année à toi!
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