Mon premier post dans cette section du forum, j'ai le trac ^^'
Tout d'abord, un disclaimer : je ne suis pas autrice de fic, seulement traductrice. C'est à dire que j'ai traduit - avec l'accord des auteur·ices, toujours - et publié sur AO3 plus d'1,5 million de mots depuis 2018, en grande majorité des fics Star Wars. Et je me disais que ça pourrait être sympa d'en poster quelques unes, que je pense pouvoir plaire, sur ce forum.
Avec la permission du staff et la bénédiction de l'autrice (abp sur AO3/ferretrade sur tumblr), voici donc ma trad de it's like poetry, it rhymes - ici sur AO3
C'est un one-shot, mais pour des soucis de clarté, et parce que la structure de l'histoire s'y prête, je l'ai scindé en quatre.
Enfin, dernière précision, cette fic a été écrite pour un event autour de SW Rebels, et s'accompagne de fan arts de gentlespace
Quatre maîtres, cinq Jedi, une lignée. À travers le temps et l’espace, en dépit de tout, la lignée Shatterpoint perdure dans ce qui passe d’une génération à l’autre.
Temple Jedi, Coruscant, an 45 av. BY
Mace regarde Depa enchaîner les étapes de la forme qu’elle est en train de pratiquer, avec une attention particulière à sa posture et à son jeu de jambes. Ils sont sur cette même séquence depuis bientôt une demi-heure, et la raideur de Depa s’est muée en grâce fluide. Elle est près de finir quand elle trébuche légèrement et s’interrompt tout net, en poussant un profond soupir.
« Je ne vais jamais y arriver, Maître », dit-elle avec toute la gravité d’une enfant de douze ans. Son visage est sombre et tourmenté.
« Pourquoi te dénigres-tu, Padawan ? » demande-t-il calmement, décidant qu’elle a besoin d’une pause. Balayant ses robes sur le côté d’un geste de la main, Mace s’assoit en tailleur sur le tapis de leur salle d’entraînement et attend que sa padawan le rejoigne.
Ce qu’elle fait, docilement. Elle adopte une posture parfaite ; le dos droit et le menton haut. Mace comprend la fierté et le désir de perfection de Depa. C’est en partie ce qui fait d’elle un padawan exceptionnel — ce qui fera d’elle un Maître Jedi meilleur encore, un jour — mais c’est aussi son point faible.
« Je devrais être capable de reproduire ces pas maintenant. Ce n’est pas dénigrer quand c’est la vérité », avance-t-elle avec un air sévère.
Cela fait presque sourire Mace — son petit padawan, si sérieux, aux joues qui ont encore la rondeur de l’enfance, aux manches trop longues, mais plus concentrée et zélée que certains des adultes avec lesquels il travaille. Il s'inquiète quand même, après presque six mois passés à ses côtés, qu’elle ne prenne pas assez de temps pour être une enfant. Ou peut-être qu’elle ne soit pas assez à l’aise pour être une enfant auprès de lui.
« Qu’est-ce qu’on dit à propos de “je devrais” ? »
Depa se retient tout juste de lever les yeux au ciel, trop respectueuse pour ça. « Maître, s’il vous plaît. Vous savez ce que je veux dire.
— Vraiment ? » demande Mace, une lueur dans l'œil. « Qu’est-ce qui te tracasse vraiment, Depa ? »
Pendant un moment elle se mord la lèvre, et Mace comprend. C’est ce qu’il attendait — le genre de frustration ordinaire que les Jedi apprennent à ignorer, un acte qui devient plus facile avec le temps.
« Mes camarades », commence Depa en baissant les yeux. « Sar m’a dit que son maître va bientôt l’emmener pour une mission hors planète, et Kit voyage depuis des mois.
— Eh bien, Kit est plus âgé et a été padawan plus longtemps », raisonne Mace.
« Et alors ? » Une moue déforme la bouche de Depa, et ses yeux lancent des étincelles. « Je suis… »
Elle s’interrompt, piteuse, mais Mace sait à peu près ce qu’elle allait dire. « Continue, Padawan.
— Maître », implore Depa, les joues rouges de honte. Elle tire nerveusement sur sa tresse de padawan. « Je suis désolée, ce n’est pas gentil de ma part de penser de telles choses.
— Et ce n’est pas sain de le garder pour soi. S’il te plaît, Depa, termine ta pensée », ajoute-t-il, plus grave.
« J’allais dire… Je suis meilleure que lui. En tout cas je l’étais, finit-elle tristement. Je voulais seulement dire que je l’ai plus souvent battu à l’entraînement, et je suis la meilleure de ma classe !
— Alors pourquoi est-ce que tu ne serais pas aussi meilleure padawan que lui, hmm ? »
Depa fixe ses mains. « Je sais que je ne devrais pas penser comme ça. Je suis désolée.
— On ne peut pas contrôler nos pensées », dit gentiment Mace. C’est aussi vrai pour les Maîtres Jedi chevronnés que ça l’est pour les padawans tout juste nommés. « Ce qui importe, c’est ce que nous en faisons. Notre colère, notre jalousie — nous l’identifions, nous en trouvons la racine, et nous la laissons derrière nous. »
Son visage est toujours sérieux, mais moins inquiet. « Oui, Maître. »
La leçon n’est pas tout à fait terminée ; Mace sent bien que Depa a encore besoin de lui. Il émet un hum pensif. « Méditons là-dessus. »
Depa lève vivement les yeux, l’air confus. « Ici ? Maintenant ?
— Pourquoi pas ? » demande-t-il gentiment. Si le problème a une cause plus profonde — comme il soupçonne — il n’y a pas de meilleur moyen de la trouver. « Maintenant, concentre-toi sur tes sentiments envers ton camarade, envers toi-même, et sur ce que tu veux vraiment. Je serai ici pour te guider si tu as besoin de moi. »
Depa acquiesce et il l’accompagne dans une méditation silencieuse.
Quand Mace en sort, ses membres raides lui indiquent qu’il s’est écoulé environ une heure. En dehors des crampes, il se sent bien. L’esprit plus clair. Depa n’était pas la seule qui avait eu besoin de trouver la racine de certaines émotions. Son inquiétude, son besoin d’être un maître parfait, l’avaient tout autant aveuglé que la jalousie de Depa.
« Depa ? » appelle-t-il doucement. Elle cligne des yeux, en revenant à la réalité physique de son corps. « Comment te sens-tu ?
— Bien. » Un léger sourire joue sur ses lèvres. « Vous aviez raison, Maître. J’étais frustrée, mais ce n’est pas une raison pour m’en prendre à quiconque, pas même à moi. Ça ne me sert à rien.
— Très sage, Padawan, dit Mace avec un hochement de tête approbateur. Et ?
— Et… j’aimerais savoir pourquoi mon entraînement est plus lent que celui des autres padawans de mon âge. Je sais que j’ai eu du mal avec la leçon d’aujourd’hui, mais je m’en sors très bien par ailleurs. Est-ce que vous voyez quelque chose de mal que je ne vois pas ? »
Mace se rapproche pour lui poser une main sur l'épaule, fier de sa franchise. « Depa, tu fais de l’excellent travail », commence-t-il. Il la regarde se rengorger un peu à son compliment. « Si ton entraînement est plus lent, c’est parce que c’est ainsi que j’entraîne. Il y a beaucoup que nous pouvons apprendre ici, et il y aura tout le temps pour toi d’explorer la galaxie. Mais un jour le temps passé au Temple, avant toutes tes responsabilités, pourrait bien te manquer. »
Depa cille. « C’est ce que vous ressentez ? »
Mace glousse. Sérieuse et perspicace. « Parfois. Peut-être est-ce pour cela que j’ai fait la requête de rester sur Coruscant pendant la première année d’entraînement de mon padawan.
— Oh. » Depa ouvre de grands yeux ronds.
« Cependant, je pense vraiment que c’est le mieux pour toi. Cela nous donne le temps de maîtriser les compétences une par une, au lieu de vouloir tout apprendre à la fois, explique Mace. Tu apprends très vite, Depa, mais j’ai remarqué que tu as tendance à passer à autre chose tout aussi vite.
— Alors c’est pour ça qu’on se concentre sur les détails du Shii-Cho », dit-elle. Elle n’est pas tout à fait satisfaite, mais elle s’est du moins ouverte à l’idée.
« Tu sais, chaque padawan est unique. Même si je fais ce que je pense être le mieux pour ton entraînement, je pourrais ne pas toujours avoir raison, lui dit Mace avec un petit sourire. Par exemple, je vois maintenant qu’expliquer mes plans pour ton entraînement nous bénéficierait à tous les deux. C’est donc ce que je ferai. »
L’expression de Depa vacille entre surprise, joie, et embarras. « Et je vous parlerai, si j’en éprouve à nouveau de la frustration.
— Je t’en remercie », dit Mace, en lui pressant l’épaule. « Maintenant, il reste encore une chose avant que nous allions prendre notre dîner tardif. » Il plonge la main dans la poche de sa robe et trouve ce qu’il y cherche. Il attendait le bon moment pour la lui donner, en se disant qu’il le reconnaîtrait.
Ce moment est maintenant. Il peut sentir leur lien s’épanouir comme les pétales d’une fleur au soleil.
Depa l’observe de ses yeux bruns, curieuse et impatiente. Quand il tire un carré de tissu plié et l’ouvre pour découvrir une simple perle, son visage s’illumine comme les étoiles dans le ciel. « Une perle pour ma tresse ? demande-t-elle, toute frétillante sous le coup de l’excitation. Attendez — violet ? C’est pour quoi, le violet ? »
Mace ne peut s’empêcher de rire de la façon dont son visage se plisse sous l’effet de la confusion. « C’est une perle très spéciale », explique-t-il calmement, en la faisant rouler entre ses doigts. Elle est d’un violet vif, mais délavé par endroits. « Il y a bien des années, quand j’étais tout jeune padawan, je me suis faufilé dans le dos de mon maître pour m’entraîner à des formes bien au-delà de mon niveau. Et tout comme elle le pensait, ça ne s’est pas bien passé.
— Vraiment ? demande Depa avec de grands yeux ronds. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? »
Mace tend le bras, ajuste sa manche pour dévoiler une fine cicatrice à l’intérieur de son poignet. Une qu’il n’oubliera jamais. « Je me suis blessé.
— Oh. » La voix de Depa est songeuse, comme si elle se rendait compte pour la première fois que son maître est un simple mortel, et a été autrefois très semblable à elle. « Mais qu’est-ce que ça a à voir avec la perle ?
— J’ai raconté à mon maître exactement ce qu’il s’était passé et je me suis excusé pour avoir ignoré ses conseils. Je pensais que je serais réprimandé — avec raison — mais au lieu de ça elle m’a donné cette perle.
— Pour lui avoir désobéi ? » demande Depa, sceptique.
Mace sourit avec indulgence. « Non. Pour lui avoir fait confiance même quand c’était difficile. Et aujourd’hui, mon enfant, tu as fait la même chose. » Il tend la main pour placer la perle dans sa paume, la regarde l’admirer, émerveillée. « Tu aurais pu mentir ou le garder pour toi, mais tu as identifié ton orgueil et partagé tes difficultés. La confiance entre un maître et son padawan est importante. Sans confiance, notre relation ne résiste pas.
— Je comprends, dit Depa avec insistance. Et je vous fais confiance. »
Il sourit, et son cœur se réchauffe tandis que leur lien brille, plus éclatant que jamais. « J’apprécie ta confiance en moi, Padawan. Et c’est ce que cette perle représente : la foi que nous avons l’un pour l’autre. Je te fais confiance, moi aussi. »
Depa lui tend la perle avec révérence. « Vous pouvez la mettre dans ma tresse maintenant ?
— Bien sûr, Padawan », dit-il avec un petit rire, lui reprenant la perle pendant qu’elle défait prestement l’extrémité de sa tresse de padawan. Mace prend les fines mèches et les entrelace, passe la perle violette sur une section un peu en dessous de sa première perle jaune. « Voilà. »
Depa, rayonnante de fierté, incline légèrement la tête. « Merci, Maître. Je n’oublierai pas cette leçon. »
Mace en est certain, car lui ne l’a jamais oubliée.