Jolp : Wajuk

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Jolp : Wajuk

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Jolp : Wajuk

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Re: Jolp : Wajuk

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Avant-propos


Jazuku est une planète immense, et une guerre ne se résume jamais au destin d’un seul homme.

Dans Jolp : Tergotal, pendant que Jolp mène sa lutte héroïque pour libérer Tergotal, ce récit vous emmène à l’autre bout du continent, là où les projecteurs de l’Histoire ne brillent jamais. Jolp : Wajuk est un récit « miroir », se déroulant en même temps que les intrigues de Jolp : Tergotal. Il se déroule dans les entrailles de Tzirdaran, une cité minière verticale qui ne survit que par la sueur de son peuple.

Ici, pas de vaisseaux sophistiqués ni de gadgets de haute technologie. Vous allez suivre Wajuk, un homme de terre et de métal. Il n'est pas un guerrier de profession, mais un simple contremaître devenu le dernier rempart contre la cruauté de Barz Jiruj, lieutenant du Directoire de Sang.

Soyez prévenus : le ton de ce récit est plus sombre. C’est un hommage aux héros de l’ombre qui, dans l’obscurité d’une mine oubliée, ont permis aux rouages d’un tyran de s’enrayer.

Préparez-vous à descendre dans la Faille d’Opale. Bienvenue dans les profondeurs.
Dernière modification par Fan_Wars le mar. 14 avr. 2026 - 14:12, modifié 1 fois.
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Prologue


Le silence de Jazuku était une blessure qui refusait de cicatriser. Depuis la mort du puissant chasseur de primes Sharkal, qui contrôlait complètement Jazuku, la planète n'était plus qu'un amas de cicatrices industrielles et de haines recuites. Le vide laissé par le tyran avait engendré des monstres, et parmi eux, un des plus féroces s'appelait le Directoire de Sang. Mené par l'impitoyable Kaldej Fakz, ancien lieutenant de Sharkal, cette faction ne cherchait pas à restaurer l'ordre, mais à consumer les dernières ressources de la planète pour alimenter une machine de guerre sans fin.

À des milliers de kilomètres du chaos noir de Ploftogal, le continent de Tergotal semblait pourtant respirer un autre air. Protégé par ses reliefs escarpés et ses tempêtes magnétiques, ce sanctuaire de quartz et de basalte était devenu le refuge de ceux qui ont les moyens de s'offrir le silence. C'est ici que Jolp, l'ancien rat de hangar devenu riche contrebandier, avait bâti son Bastion de l'Ombre. Il se faisait appeler le "Lord de
Tergotal", prônant une existence neutre, loin des guerres de succession qui déchiraient le reste du monde.

Mais la neutralité est un luxe que Jazuku ne tolérait jamais longtemps.

Dans l'ombre des hangars de Ploftogal, Fakz avait déjà les yeux fixés sur les richesses cristallines de Tergotal. Il savait que pour asseoir sa domination totale, il devait briser ce sanctuaire, non seulement pour ses mines, mais pour envoyer un message : personne n'est à l'abri. Ses lieutenants, dont le glacial Barz Jiruj, avaient déjà reçu leurs ordres. Les coordonnées étaient entrées, les moteurs ioniques chauffaient, et la soif de sang du Directoire s'apprêtait à traverser l'Océan Noir.

Pendant que Jolp savourait son nectar dans son palais de verre, persuadé que ses systèmes de défense automatique suffiraient à tenir le monde à distance, la réalité était bien différente à l'autre extrémité du continent.

Loin des intrigues politiques et des bastions fortifiés se trouvait Tzirdaran. Pour les cartographes, ce n'était qu'un point insignifiant dans la faille d'Opale. Pour le Directoire, c'était un objectif logistique majeur, un réservoir de quartz nécessaire à leurs futures armes. Mais pour les hommes et les femmes qui y vivaient, c'était leur foyer. Ils ne savaient rien des plans de Fakz, ni des rêves de grandeur de Jolp. Ils ne voyaient que la poussière des mines et l'éclat des cristaux qu'ils extrayaient jour après jour.

En ce matin précis, le vent soufflait sur Tzirdaran avec une douceur trompeuse. Les mineurs descendaient dans les puits, les familles s'éveillaient, et le silence régnait encore sur la faille. Ils ignoraient que l'ombre du Directoire de Sang planait déjà sur eux, et que le temps de la neutralité venait de s'écouler.

La guerre n’allait pas frapper à la porte. Elle allait dévorer le ciel.

Et dans les profondeurs de Tzirdaran, un homme nommé Wajuk s'apprêtait à vivre sa dernière journée de paix.
Dernière modification par Fan_Wars le mar. 14 avr. 2026 - 14:25, modifié 1 fois.
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Chapitre 1


Le ciel de Tzirdaran n’avait jamais porté cette couleur. D’ordinaire, les cristaux qui tapissaient les parois de la faille d’Opale capturaient la lumière du soleil pour la redistribuer en mille éclats d’un bleu pur, presque électrique. Mais ce matin-là, la lumière était d’un rouge sombre, poisseux, comme si le ciel lui-même s'était ouvert une veine.

Wajuk se tenait sur la plate-forme d'observation du Niveau 14, les mains crispées sur le garde-fou en duracier. Ses paumes étaient calleuses, marquées par vingt ans de gestion des foreuses à haute pression. Il ne portait ni soie ni armure de pilote, juste une vieille veste de cuir bouilli et son masque respiratoire suspendu à son cou.

À ses pieds, la cité s'enfonçait verticalement dans les entrailles de Tergotal. Tzirdaran n'était pas un bastion luxueux ni une capitale politique ; c'était un poumon industriel, une ruche où l'on extrayait le quartz brut pour le reste de la planète. Ici, on ne parlait pas de diplomatie, on parlait de quotas de rendement.

— Chef ?

Wajuk ne se retourna pas. Il reconnut la voix de Tork, son second, un gamin à peine sorti de l'apprentissage dont les mains tremblaient sur son fusil laser de récupération.

— Les communications avec Vith-Orel sont tombées, chef. Le relais de la capitale ne répond plus. On a juste reçu un dernier signal de détresse avant le brouillage... Ils disent que le palais est assiégé. Que Fakz est là.

Wajuk fixa les points rouges qui grossissaient dans l'azur de Jazuku. Ce n'étaient pas des nuages. C'étaient des barges de débarquement du Directoire de Sang. Des centaines.

— Vith-Orel est à l'autre bout du continent, murmura Wajuk, sa voix grave comme le roulement des pierres. Si le Directoire frappe la capitale, pourquoi envoyer une flotte ici, dans un trou perdu comme Tzirdaran ?

— Le quartz, répondit Kael dans un souffle. Ils veulent tout, n'est-ce pas ?

Wajuk hocha lentement la tête. Il sentit le premier vrombissement des moteurs atmosphériques. Le son était différent des transporteurs de minerai habituels : c'était le grondement prédateur des croiseurs de combat. Il imaginait déjà le visage de l'officier qui menait cette invasion, ce
Barz Jiruj dont la réputation de boucher des mines l'avait précédé jusqu'ici.

À des milliers de kilomètres de là, des héros et des tyrans allaient décider du sort de Jazuku dans des duels épiques et des explosions de haute technologie. Mais ici, dans le silence froid des falaises de cristal, il n'y avait ni ARC-170, ni plans secrets. Il n'y avait que des mineurs, des outils de découpe et une certitude glaciale.

Wajuk décrocha son laser de minage de sa ceinture et l'enclencha. La lame bleutée grésilla, projetant des étincelles sur le sol métallique.

— Dis aux gars de sceller les tunnels du Niveau 5 au Niveau 10, ordonna-t-il sans quitter l'horizon des yeux. On ne sauvera pas la capitale. On ne sauvera peut-être même pas cette ville.

Il marqua une pause alors que la première navette de débarquement passait le mur du son au-dessus de leurs têtes, faisant vibrer les cristaux de la faille jusqu'à la limite de la rupture.

— Mais on va s'assurer que chaque kilo de quartz qu'ils prendront ici leur coûtera un litre de sang.

Le ciel de Tzirdaran n'était plus bleu. La guerre venait d'arriver au bout du monde, et pour Wajuk, le temps des quotas était fini. Celui du sacrifice venait de commencer.
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Chapitre 2


Le vacarme des moteurs atmosphériques s'apaisa pour laisser place à un sifflement hydraulique lancinant. Les premières barges de débarquement venaient de se poser sur la « Place de la Convergence », l'unique vaste esplanade à ciel ouvert située au sommet de la cité, là où les convoyeurs automatiques déversaient habituellement le quartz brut dans les cargos de transport.

Mais ce n'était plus du minerai qui circulait.

Les rampes frontales des navettes s'abattirent violemment contre le sol métallique, libérant des escouades de soldats du Directoire de Sang. Leurs armures rouges, mates et anguleuses, juraient avec l'éclat pur des parois de cristal environnantes. Ils se déployèrent avec une précision chirurgicale, occupant chaque point de passage, chaque tourelle de surveillance, chaque ascenseur de service.

— Ils ne perdent pas de temps, murmura Tork, tapi derrière un empilement de caisses de transport avec Wajuk, quelques étages plus bas. Ils savent exactement où aller.

Wajuk observa une silhouette descendre de la navette de commandement. L’homme ne portait pas le casque intégral de ses soldats. Son visage était marqué par une cicatrice qui barrait son sourcil gauche, et ses yeux, d'un gris métallique, balayaient la faille avec une indifférence glaciale.

C’était lui. Barz Jiruj. Il ne tenait pas d'arme, mais ses mains, croisées dans son dos, semblaient prêtes à étrangler la ville entière.

Jiruj s'approcha du bord de la plate-forme et regarda l'abîme urbain qui s'enfonçait sous ses pieds. À côté de lui, un officier subalterne brandissait un holoprojecteur.

— Citoyens de Tzirdaran ! La voix de Jiruj, amplifiée par les haut-parleurs de la ville piratés, résonna dans toute la faille, rebondissant sur les parois de cristal comme un écho funèbre. Par décret du Seigneur Fakz, cette cité et ses ressources sont désormais sous la tutelle exclusive du Directoire de Sang. Votre allégeance au gouvernement de Vith-Orel est caduque. Votre seule raison d'être, à compter de cet instant, est l'extraction.

Dans les niveaux inférieurs, des cris de protestation s'élevèrent, aussitôt étouffés par le fracas des bottes de duracier sur les passerelles.

— Les quotas sont multipliés par trois, poursuivit Jiruj sans une once d'émotion. Toute interruption de travail sera considérée comme un acte de trahison. Tout sabotage sera puni par une exécution immédiate sur la place publique. Le quartz doit couler. Jazuku a besoin de force, et cette force vient de vos mains.

Wajuk vit Jiruj faire un signe de tête à l'un de ses sergents. Ce dernier saisit un ouvrier qui passait par là, un homme âgé que Wajuk connaissait bien, le vieux Hadrin, qui tentait simplement de rejoindre son petit-fils. Sans un mot, le soldat le poussa au bord du vide.

Hadrin ne cria même pas. Il disparut dans l'obscurité des profondeurs de la faille. Un silence de mort retomba sur la ville, seulement troublé par le bourdonnement des drones de surveillance qui commençaient déjà leur ronde.

— On ne peut pas rester là à regarder, chef, haleta Tork, les larmes aux yeux. Il vient de tuer Hadrin comme s'il n'était rien...

Wajuk sentit une rage froide, sourde, s'emparer de lui. Il resserra sa poigne sur son laser de minage. Il n'avait pas les moyens d'affronter une armée en terrain découvert, mais Jiruj commettait une erreur de débutant : il pensait avoir conquis Tzirdaran en occupant son sommet. Il ignorait que la ville respirait par ses racines, dans le labyrinthe obscur des tunnels que seul un mineur pouvait parcourir sans se rompre le cou.

— Calme-toi, Tork. On ne va pas se jeter sur leurs fusils. Jiruj veut du quartz ? On va lui en donner. Mais on va lui donner celui qui se trouve dans les veines instables du Niveau 20.

Wajuk se détourna de la plate-forme, s'enfonçant dans l'ombre d'une galerie de service.

— Préviens les autres équipes. On ne remonte plus au sommet. À partir de maintenant, Tzirdaran appartient à ceux qui vivent dans le noir. La surface est perdue. On va transformer cette faille en un tombeau dont ils ne sortiront jamais.

Le Directoire de Sang pensait avoir pris une mine. Ils venaient d'entrer dans un nid de frelons armés de lasers de découpe. La guerre de l'ombre commençait.
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Chapitre 3


Le silence n’existait plus à Tzirdaran. Il avait été remplacé par le vrombissement incessant des foreuses lourdes du Directoire, qui tournaient désormais à un rythme suicidaire pour les machines. En haut, la cité brillait de la lumière crue des projecteurs militaires ; en bas, dans les entrailles du Niveau 22, Wajuk et ses hommes vivaient dans une pénombre rythmée par les pulsations naturelles des cristaux d’Opale.

— Ils ont installé le centre de tri principal sur le Pont des Convoyeurs, murmura Tork en ajustant ses lunettes de protection thermique. Si ce pont tombe, tout le quartz extrait des niveaux inférieurs restera bloqué en bas. Jiruj ne pourra plus rien envoyer à ses cargos.

Wajuk observa le pont massif en duracier qui enjambait le vide, à trois étages au-dessus d'eux. Des soldats en armure rouge patrouillaient sur les passerelles supérieures, leurs fusils blaster pointés vers les zones d'ombre. Ils ne craignaient pas une armée, ils craignaient un accident industriel.
Ils ne savaient pas que pour un mineur, l'accident est une arme.

— On ne va pas juste le faire tomber, répondit Wajuk d'une voix basse. On va utiliser des charges à résonance. Si on règle la fréquence sur la structure moléculaire du quartz qui passe sur les tapis, l'onde de choc pulvérisera les piliers sans toucher aux galeries adjacentes.

— Et les gardes ?

Wajuk jeta un regard à son laser de minage. — Ils ne sont pas habitués à l'obscurité de la faille. Leurs visières sont réglées pour la lumière de la surface. Ici, les reflets des cristaux les aveuglent.

L’attaque fut d'une rapidité brutale. Wajuk fit signe à deux mineurs de contourner par les conduits de ventilation. Au signal — un triple coup sourd frappé contre une conduite de vapeur — l'escouade de résistance surgit des parois.

Ce ne fut pas une fusillade, mais un massacre silencieux. Les lasers de découpe, conçus pour trancher le minerai le plus dur, traversèrent les armures du Directoire comme si elles étaient faites de parchemin. Wajuk se jeta sur un sergent qui tentait de donner l'alerte, lui sectionnant l'avant-bras d'un coup de lame thermique avant de le plaquer contre le garde-fou.

— Où est Jiruj ? grogna Wajuk.

Le soldat, hurlant de douleur, ne répondit que par un crachat de sang. Wajuk le lâcha dans le vide sans un battement de cils. La pitié s'était envolée en même temps que le vieux Hadrin.

Tork terminait de poser les charges sur les articulations hydrauliques du pont. Les cristaux d'Opale autour d'eux commençaient à vibrer, un sifflement aigu qui annonçait la saturation énergétique.

— C’est prêt ! On dégage !

Ils se jetèrent dans une galerie de service au moment où l'impulsion fut libérée. Ce ne fut pas une explosion de feu, mais un fracas cristallin dévastateur. Une onde bleue translucide parcourut le pont, transformant instantanément le duracier en poussière métallique et les tonnes de quartz en un nuage de sable aveuglant. Dans un gémissement de métal supplicié, le Pont des Convoyeurs s'arracha de ses ancrages et plongea dans l'abîme, emportant avec lui les espoirs de rendement de Jiruj.

Quelques minutes plus tard, dans son bureau réquisitionné au sommet de la ville, Barz Jiruj observa l'écran de surveillance qui ne grésillait plus que de la neige statique. Il ne cria pas. Il ne renversa pas sa table. Il se contenta de caresser sa cicatrice, les yeux fixés sur le gouffre sombre de la faille.

— Lieutenant, balbutia un officier par l'interphone, le secteur 4 est coupé. Nous avons perdu le tri. Les ouvriers disent que c’est un défaut de structure, mais...

— Ce n’est pas un défaut, coupa Jiruj d'une voix de glace. C’est une déclaration de guerre. Ils pensent que l'obscurité les protège. Ils oublient que le feu peut éclairer n'importe quel trou.

Il se tourna vers son artilleur.

— Préparez les bombes incendiaires phosphorées. Si ces rats refusent de sortir, nous allons transformer leurs tunnels en forges.

Le sabotage de Wajuk venait de réussir, mais en brisant le pont, il venait de sceller le destin de Tzirdaran. Jiruj ne cherchait plus seulement à extraire le quartz ; il cherchait désormais à brûler la résistance, jusqu'à la dernière particule d'oxygène.
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Chapitre 4


L’air de la faille n’était plus vif et pur. Il était devenu une mélasse grise, saturée d’une odeur de soufre et de chair brûlée. Barz Jiruj n'avait pas attendu l'aube pour mettre sa menace à exécution. Depuis les niveaux supérieurs, le Directoire déversait des barils de phosphore blanc dans les puits de ventilation. Le feu ne se contentait pas de brûler ; il dévorait l'oxygène, transformant les galeries en véritables fours crématoires.

Au Niveau 25, Wajuk était accroupi dans une rigole d'évacuation d'eau, un chiffon humide plaqué sur le visage. À ses côtés, Tork toussait violemment, ses yeux rougis par les fumées toxiques.

— Ils sont en train de nous fumer comme des nuisibles, chef, parvint à articuler le jeune homme entre deux quintes de toux. On ne peut plus tenir ici. Si on descend plus bas, on finit noyés dans les nappes phréatiques. Si on remonte…

— Si on remonte, on meurt en hommes, trancha Wajuk.

Il se releva péniblement. Autour d'eux, les parois de cristal, autrefois si magnifiques, commençaient à se fissurer sous l'effet de la chaleur extrême. Le chant mélodieux des mines s'était transformé en un craquement sinistre, comme si la montagne elle-même agonisait.

Soudain, les haut-parleurs de la ville, grésillant sous la chaleur, s'animèrent à nouveau. La voix de Jiruj était d'une politesse révoltante.

— Wajuk. Je sais que tu m'écoutes. Ton petit exploit sur le pont a coûté la vie à douze de mes hommes. En retour, j'ai décidé de purifier les Niveaux 18 à 22. Il y avait des dortoirs civils là-bas, je crois ?

Wajuk ferma les yeux, les poings si serrés que ses jointures blanchirent. Il connaissait ces dortoirs. Les familles des mineurs y étaient regroupées, pensant être à l'abri des combats.

— Le feu est une chose fascinante, continua Jiruj. Il ne s'arrête que lorsqu'il n'a plus rien à manger. Si tu ne te rends pas sur la Place de la Convergence d'ici une heure, j'ouvrirai les vannes de carburant dans les conduites de gaz. Tzirdaran deviendra une torche visible depuis l'espace.

Un silence pesant retomba sur le tunnel, seulement troublé par le crépitement des flammes qui descendaient lentement des étages supérieurs.

— Vous n'allez pas y aller ? demanda Tork, la voix tremblante. C’est un piège. Il vous tuera dès que vous poserez le pied sur la place.

— Bien sûr que c’est un piège, répondit Wajuk en vérifiant la charge de son laser de découpe. Mais Jiruj fait une erreur de calcul. Il croit que je suis le seul à pouvoir diriger cette révolte. Il croit que s'il me tue, les mineurs reprendront leurs pioches et courberont l'échine.

Il posa une main lourde sur l'épaule du garçon. — Tork, écoute-moi. Tu vas prendre le reste de l'équipe et passer par les vieux conduits de service qui mènent derrière les réservoirs de carburant du Directoire. Si Jiruj veut transformer la ville en torche, on va s'assurer que l'étincelle vienne de nous, mais pas là où il l'attend.

— Et vous ?

Wajuk esquissa un sourire amer, le premier depuis le début de l'invasion. — Moi, je vais aller discuter avec le Lieutenant. Je vais lui montrer que les "rats" de Tzirdaran ont encore des dents.

Wajuk commença son ascension vers la surface. Il ne marchait pas vers sa reddition, mais vers un acte de pur défi. Il savait qu'il ne reviendrait pas de cette entrevue, mais chaque pas qu'il faisait vers le haut était une seconde de gagnée pour Tork et les autres.

Au-dessus de lui, le ciel de sang l'attendait. Dans les ombres, la résistance se réorganisait, portée par la haine de ceux qui n'ont plus rien à perdre. Jiruj pensait avoir brisé Wajuk par la peur ; il venait de lui donner la force d'un martyr.
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Chapitre 5


La Place de la Convergence ressemblait à une scène de cauchemar figée dans le givre et le sang. Sous le ciel perpétuellement pourpre, les dalles de duracier étaient jonchées de débris de cristal et de douilles de blaster luisantes. Au centre, Barz Jiruj se tenait debout, une silhouette sombre et impeccable contrastant avec le chaos environnant. Autour de lui, une douzaine de mineurs étaient agenouillés, les mains liées derrière la nuque, le canon d’un fusil pressé contre leurs tempes.

Wajuk émergea de la cage d’ascenseur de service dans un nuage de vapeur grasse. Il était couvert de suie, sa veste de cuir brûlée par endroits, mais son regard restait aussi dur que le quartz qu’il avait extrait toute sa vie.

— Lâche-les, Jiruj ! lança-t-il, sa voix résonnant avec une force insoupçonnée dans l’esplanade balayée par les vents. Je suis là. Le "rat" est sorti de son trou.

Jiruj tourna lentement la tête. Un sourire presque imperceptible étira sa cicatrice.

— Wajuk. Je commençais à croire que tu préférais mourir asphyxié. Tu as une certaine prestance pour un ouvrier. Dommage que tu aies choisi de gaspiller ton courage pour une cause perdue.

D’un geste négligé, le Lieutenant fit signe à ses soldats de relever les otages, mais sans baisser les armes.

— Tu parles de "lâcher". Mais pour aller où ? Vith-Orel est tombée. Tes "Lords" de Tergotal se cachent dans les montagnes. Jazuku appartient au Directoire. Ici, il n'y a plus de citoyens, seulement des outils.

— Un outil peut se retourner contre celui qui le tient, cracha Wajuk en avançant d’un pas.

— Oh, je n'en doute pas. C’est pour cela que je vais te briser devant eux.

Jiruj dégaina un sabre court, une lame à impulsion thermique qui grésilla instantanément dans l'air froid.

— Tu penses être un héros parce que tu as détruit un pont ? Tu n'as fait qu'augmenter la charge de travail de ceux qui restent. Pour chaque heure de sabotage, je rajouterai une exécution.
C’est cela, ta "résistance" ? Un décompte de cadavres ?

Wajuk ne répondit pas. Il savait que chaque mot de Jiruj était destiné à le faire flancher, mais il savait aussi que les yeux de ses compagnons étaient fixés sur lui. Dans l'ombre des hangars, au bord de la place, il aperçut un bref éclat de lentille : Tork. Le gamin était en position près des conduites de carburant.

Le plan était en marche. Il ne restait plus qu'à tenir Jiruj occupé.

— Tu parles beaucoup pour un homme qui a besoin d'une armée pour intimider des mineurs désarmés, provoqua Wajuk en activant son laser de découpe. Sa lame bleue, vacillante à cause de la batterie épuisée, semblait bien dérisoire face à l'équipement militaire de Jiruj.

— Désarmés ? Non. Inutiles, rectifia Jiruj en s'élançant.

Le choc des lames provoqua une gerbe d'étincelles qui illumina la place. Jiruj était rapide, porté par un entraînement d'élite, mais Wajuk possédait la force brute de vingt ans de forage. Il ne parait pas, il encaissait, utilisant son laser comme un levier pour repousser les assauts du Lieutenant.

— Regarde-les, Wajuk ! cria Jiruj entre deux passes d'armes. Ils attendent un miracle ! Ils attendent Jolp et ses vaisseaux brillants ! Mais personne ne viendra !

À cet instant, une détonation sourde fit trembler la plate-forme. Ce n'était pas sur la place, mais derrière les hangars de stockage. Une immense colonne de feu orangé s'éleva vers le ciel, suivie par le hurlement des sirènes d'alarme du Directoire.

Jiruj se figea, son regard dérivant vers l'incendie qui ravageait ses réserves de carburant.

— Maintenant ! hurla Wajuk.

Profitant de la distraction, les otages se jetèrent sur les gardes avec la rage du désespoir. Wajuk ne perdit pas une seconde et porta un coup violent au torse de Jiruj, entamant son armure de duracier. Le Lieutenant recula, le visage déformé par une fureur glaciale.

— Tu as brûlé mon carburant... murmura Jiruj en crachant du sang. Tu as condamné cette ville au froid éternel pour une diversion.

— Non, répondit Wajuk, essoufflé, le laser pointé vers le tyran. J'ai juste allumé le signal. Maintenant, toute la faille sait que le Directoire peut saigner.

La bataille de la Place de la Convergence venait de commencer. Ce n'était plus une exécution, c'était une mêlée sauvage. Mais alors que le feu de Tork ravageait les réserves, Wajuk vit au loin, dans le ciel pourpre, d'autres barges de renforts approcher.

Le répit serait de courte durée.
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Chapitre 6


La fumée des réservoirs en flammes recouvrait la Place de la Convergence d’un voile noir et étouffant. Profitant du chaos, Wajuk et les survivants s’étaient repliés dans les galeries du Niveau 10, barricadant les accès avec des poutrelles de soutien tordues. L'air y était saturé de poussière de quartz et du bourdonnement lointain des barges de renforts qui tournaient au-dessus de la faille comme des vautours d’acier.

Dans une salle de repos d'ouvriers transformée en poste de secours improvisé, Tork s'affairait autour d'une console radio délabrée. Ses mains étaient noires de graisse, mais ses yeux brillaient d’une intensité fiévreuse.

— Chef, j'ai capté quelque chose, lança-t-il alors que Wajuk entrait, pansant une plaie superficielle à l'épaule. Ce n'est pas le Directoire. C'est une fréquence cryptée, très faible, qui rebondit sur les parois de la faille.

Wajuk s'approcha. À travers les parasites, une voix grésillante filtrait, entrecoupée de bruits d'explosions et de sifflements de vapeur.

"...ici la résistance de Malak... les mines de soufre sont sous notre contrôle... le Libérateur a frappé Vith-Orel... tenez bon, Tergotal se réveille..."

— Le Libérateur ? murmura un mineur blessé dans un coin. Ils parlent de Jolp ? Le contrebandier du Bastion ?

Un murmure d'espoir parcourut la pièce. Si Jolp menait une offensive majeure à l'autre bout du continent, peut-être que le Directoire serait forcé de retirer ses troupes de Tzirdaran. Peut-être que Jiruj recevrait l'ordre de fuir.

Wajuk resta silencieux, observant le signal faiblir jusqu'à s'éteindre totalement. Il connaissait la géographie de Tergotal. Malak était à des milliers de kilomètres. Vith-Orel encore plus loin. Pour le monde extérieur, Tzirdaran n'était qu'un point sur une carte tactique, une diversion nécessaire pour fixer une partie de l'armée de Fakz.

— Ils ne viendront pas, dit Wajuk d'une voix sourde qui coupa net l'enthousiasme de ses hommes.

— Quoi ? Mais chef, si Jolp gagne là-bas... commença Tork.

— Si Jolp gagne là-bas, il sauvera Jazuku, mais il ne sauvera pas Tzirdaran, trancha Wajuk. Regardez par les conduits. Jiruj ne bat pas en retraite. Il fait descendre des Marteleurs.

Tork se précipita vers une meurtrière de ventilation. Au-dessus d'eux, des engins de siège massifs, suspendus à des câbles de duracier, descendaient lentement dans la faille. Ces machines n'étaient pas conçues pour miner, mais pour provoquer des effondrements contrôlés. Jiruj ne voulait plus extraire le quartz ; il avait décidé d'enterrer la résistance sous des millions de tonnes de roche.

— Il sait qu'il perd du terrain à la capitale, reprit Wajuk en ramassant son laser de découpe. Il sait qu'il n'a plus beaucoup de temps. Alors il va finir le travail ici par pur dépit. Il veut s'assurer que si le Directoire perd Tergotal, il n'en restera que des ruines.

La nouvelle du succès de Jolp à Malak, au lieu d'apporter le salut, venait de signer l'arrêt de mort de la cité. Jiruj, humilié sur la place publique, n'avait plus rien à perdre. Il n'était plus un officier en mission, il était un prédateur blessé qui voulait emporter sa proie dans la tombe.

— On fait quoi, chef ? demanda Tork, la voix tremblante.

Wajuk regarda ses hommes. Des pères de famille, des jeunes qui n'avaient jamais vu d'autre horizon que les parois de cristal. Des héros dont l'histoire ne retiendrait jamais les noms.

— On continue de se battre, répondit Wajuk. Si Jiruj utilise ses Marteleurs ici, il ne pourra pas les envoyer en renfort à Vith-Orel. Chaque minute où nous tenons cette faille, c'est une minute de plus pour Jolp pour achever Fakz. On ne se bat plus pour notre vie, Tork. On se bat pour que leur victoire, là-bas, serve à quelque chose.

À cet instant, le premier coup de Marteleur frappa la paroi du Niveau 12. La ville entière gémit, un cri de cristal déchirant qui résonna jusque dans les fondations de la planète. La fin approchait, et elle allait être brutale.
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Chapitre 7


Le premier choc du Marteleur n'avait été qu'un avertissement. Le second fut un séisme. Au Niveau 15, une section entière de la galerie s'effondra, broyant les convoyeurs et ensevelissant une dizaine de résistants sous des tonnes de quartz tranchant. Mais Jiruj ne se contentait pas de briser la roche ; il voulait s'assurer que même ceux qui survivraient aux éboulements ne pourraient plus respirer.

— Gaz ! Mettez vos masques ! hurla Wajuk alors qu'une brume jaunâtre, lourde et épaisse, commençait à ramper sur le sol des tunnels.

Ce n'était pas de la vapeur d'eau. C'était un composé chimique acide, conçu pour réagir avec la poussière de cristal et transformer chaque inspiration en une lacération interne. Tork plaqua son masque de mineur délabré sur son visage, ses yeux écarquillés fixant la nappe toxique qui s'élevait lentement.

— Les filtres ne tiendront pas dix minutes avec cette concentration, chef ! étouffa Tork derrière son respirateur.

Wajuk observa les parois. Les cristaux d'Opale, qui jadis chantaient sous la brise des conduits, viraient au gris terne, corrodés par le poison de Jiruj. Le Lieutenant ne cherchait plus à capturer la mine. Il pratiquait la politique du vide.

Soudain, des bruits de pas lourds et mécaniques résonnèrent dans la brume. Ce n'étaient pas des soldats ordinaires. Des Exterminateurs du Directoire, vêtus de combinaisons étanches pressurisées et armés de lance-flammes à plasma, avançaient méthodiquement. Ils ne tiraient pas pour tuer ; ils brûlaient l'oxygène restant pour accélérer l'asphyxie des survivants.

— Ils nous poussent vers le Puits de Résonance, comprit Wajuk.

Le Puits de Résonance était le point le plus bas de la cité, là où l'énergie des cristaux était la plus instable. Une impasse absolue.

— S'ils nous coincent là-bas, on est finis, paniqua l'un des mineurs, lâchant son laser de découpe pour agripper sa gorge.

— Non, répliqua Wajuk, une lueur sombre dans le regard. S'ils nous poussent là-bas, ils devront nous suivre. Et Jiruj avec eux.

Wajuk saisit Tork par l'épaule et le força à avancer vers les profondeurs. Chaque pas était une agonie, le gaz s'infiltrant malgré les protections, brûlant la peau et piquant les yeux. Autour d'eux, Tzirdaran mourait. Les passerelles s'effondraient les unes après les autres sous les coups redoublés des Marteleurs en surface. La cité verticale, ce chef-d'œuvre de l'ingénierie minière, se transformait en un immense cercueil de verre.

En haut, sur la plate-forme d'observation saturée de fumée, Barz Jiruj regardait les moniteurs thermiques montrant les points de chaleur de la résistance s'enfoncer toujours plus bas. Un officier s'approcha, hésitant.

— Lieutenant... nous recevons des ordres prioritaires de Vith-Orel. Le Seigneur Fakz exige que nous envoyions nos Marteleurs en renfort immédiat.
La résistance de Jolp a percé les premières lignes du palais.

Jiruj ne tourna pas la tête. Ses yeux restaient fixés sur la progression des Exterminateurs.

— Dites au Seigneur Fakz que Tzirdaran est sur le point d'être pacifiée, répondit-il d'une voix dépourvue de toute émotion. Je ne laisserai pas ce Wajuk mourir sans avoir vu son œuvre s'effondrer. Envoyez les dernières réserves de gaz. Je veux que le Puits de Résonance devienne un enfer avant même que j'y descende.

Jiruj savait que son refus de rejoindre la capitale pourrait lui coûter la vie si Fakz survivait. Mais son obsession pour le mineur qui l'avait humilié avait pris le pas sur sa loyauté. Il voulait une fin propre, une destruction totale.

Au fond du gouffre, Wajuk et les derniers insurgés atteignirent la porte blindée du Puits. Derrière eux, le feu des lance-flammes léchait déjà les parois de la galerie.

— Ouvrez la vanne de surcharge, ordonna Wajuk.

— Mais chef... si on fait ça, toute la faille devient instable, balbutia Tork.

— C'est le but, gamin. Si on doit mourir ici, on va s'assurer que Jiruj n'ait rien à rapporter à son maître.
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Chapitre 8


Le Puits de Résonance n’était pas une salle, c’était l’estomac de la faille. Ici, à des kilomètres sous la surface de Tergotal, les parois n’étaient plus faites de basalte, mais de cristaux géants, des piliers de quartz pur hauts de trente mètres qui vibraient d’une note sourde et constante. C’était le cœur énergétique de Tzirdaran, là où la pression de la planète transformait la roche en musique.

Mais aujourd'hui, la musique était discordante.

— Les collecteurs sont en surcharge, chef, annonça Tork, sa voix étouffée par un respirateur de secours dont le filtre virait au noir charbon. Si j'ouvre les vannes de reflux, l'énergie des cristaux ne sera plus canalisée vers les générateurs de la ville. Elle va s'accumuler dans la structure même de la faille.

Wajuk observa les piliers de lumière. Sous l'effet des gaz acides qui s'infiltraient par les conduits supérieurs, les cristaux commençaient à se fissurer, émettant des sifflements électriques.

— Fais-le, Tork. Prépare la fréquence de rupture.

— Chef... si la faille cède, tout ce qui est au-dessus de nous descend ici. Les niveaux d'habitation, les usines, les écoles... tout.

Wajuk posa sa main sur l'épaule du jeune homme. Ses doigts tremblaient, non de peur, mais d'épuisement.

— Il n'y a plus d'écoles, Tork. Jiruj a transformé les dortoirs en charniers. Tzirdaran est déjà morte. Ce que nous faisons maintenant, c'est lui offrir des funérailles que le Directoire n'oubliera jamais.

Soudain, un bruit métallique sec retentit au sommet du puits. Une plate-forme d'assaut pressurisée descendait lentement le long des rails de maintenance. À travers la brume jaunâtre, on devinait des silhouettes rouges, impeccables, protégées par des boucliers énergétiques. Au centre, debout, Barz Jiruj tenait son sabre thermique, la lame brillant d'un éclat blanc cruel.

Jiruj avait abandonné son poste de commandement. Il était venu pour le dernier acte.

— Wajuk ! Sa voix, portée par les amplificateurs de sa combinaison, balaya le vrombissement des cristaux. Regarde ce que ton entêtement a produit ! Tu as mené tes hommes dans une impasse ! Rends-moi les codes d'accès au réacteur de résonance, et je laisserai ce garçon vivre !

Wajuk fit un pas en avant, sortant de l'ombre des piliers de quartz. Il leva son laser de minage, dont la lame bleue grésillait péniblement, à bout de souffle.

— Tu es descendu bien bas pour un officier du Directoire, Jiruj ! Tes maîtres te cherchent à Vith-Orel, et toi, tu joues aux spéléologues ?

La plate-forme de Jiruj toucha le sol avec un choc lourd. Les soldats se déployèrent en demi-cercle, leurs fusils braqués sur la poignée de mineurs ensanglantés. Jiruj descendit de la plate-forme, ses bottes de duracier claquant sur le cristal pur.

— Mes maîtres s'occupent de Jolp, répondit Jiruj en désignant la cicatrice sur son visage. Moi, je m'occupe de la racine du mal. Tu es un symbole, Wajuk. Un symbole de sueur et de terre qui refuse de plier. Et les symboles, on ne les brûle pas de loin. On les brise de ses propres mains.

L'atmosphère dans le Puits devint électrique. Littéralement. Des arcs bleutés commençaient à sauter entre les piliers de quartz et les armures des soldats. La surcharge de Tork portait ses fruits : l'air lui-même devenait instable.

— Tu veux les codes ? demanda Wajuk avec un sourire sanglant. Ils sont dans ma tête. Viens les chercher.

D'un geste sec, Jiruj ordonna à ses hommes de ne pas tirer. Il voulait ce duel. Il voulait prouver que l'acier du Directoire était supérieur à la volonté d'un mineur de Tergotal.

— Tork, maintenant ! murmura Wajuk sans quitter le Lieutenant des yeux.

Le gamin pressa l'interrupteur. Un hurlement de fréquences déchira l'air. Les piliers de cristal s'illuminèrent d'une lueur aveuglante. Le piège final était armé. Il ne restait plus qu'à danser sous l'orage.
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Chapitre 9


L’onde de choc initiale fut si puissante que les boucliers énergétiques des soldats du Directoire grésillèrent avant de s’éteindre dans une gerbe d’étincelles bleutées. Dans le Puits de Résonance, la gravité elle-même semblait avoir perdu ses droits. Des éclats de quartz de la taille d'un poing lévitaient, portés par les courants magnétiques, avant d'être projetés contre les parois comme des projectiles de shrapnel.

— Tuez-les ! Tous ! hurla Barz Jiruj, sa voix couverte par le vrombissement insupportable des cristaux.

Le combat s'engagea dans une confusion totale. Ce n'était plus une bataille rangée, mais une mêlée sauvage dans une tempête de lumière. Les soldats, privés de leurs visières électroniques saturées par les radiations, tiraient à l'aveugle. Les mineurs, portés par le désespoir, se jetaient sur eux avec leurs lasers de découpe.

Wajuk et Jiruj s'élancèrent l'un vers l'autre au centre de l'esplanade. Le sabre thermique du Lieutenant décrivit un arc de cercle flamboyant que Wajuk para de justesse avec le manche renforcé de son outil. L'impact lui engourdit les bras jusqu'aux épaules.

— Tu as échoué, Wajuk ! rugit Jiruj en frappant de nouveau. Regarde autour de toi ! Tes hommes meurent pour rien !

À quelques mètres de là, Wajuk vit Tork s'écrouler, une décharge de blaster lui ayant perforé l'épaule. Le garçon tentait encore de ramper vers la console de surcharge, ses doigts griffant le sol de cristal. Un soldat rouge leva son arme pour l'achever, mais fut instantanément pulvérisé par un éclat de quartz géant qui se détacha du plafond.

— Rien n'est pour rien ici ! répondit Wajuk en assénant un coup de tête brutal à Jiruj.

Le Lieutenant chancela, le visage ensanglanté. Au-dessus d'eux, le grondement des Marteleurs en surface avait cessé, remplacé par un bruit bien plus terrifiant : celui d'une montagne qui s'éventre. Les vibrations du Puits de Résonance avaient fini par déstabiliser la structure même de la faille. Les premiers niveaux de la cité, situés des kilomètres plus haut, commençaient à s'effondrer comme un château de cartes.

— La ville descend, Jiruj, murmura Wajuk avec un rire rauque et sec. Tu entends ça ? C’est le poids de tes crimes qui nous tombe dessus.

Jiruj jeta un regard vers le sommet du puits. Il vit les câbles de duracier de sa propre plate-forme d'assaut se rompre et fouetter l'air comme des serpents géants. Un bloc de béton et de métal de plusieurs tonnes s'écrasa sur le flanc du Puits, provoquant une cascade de débris enflammés.

— Retraite ! ordonna Jiruj à ses derniers hommes par radio. Regagnez les navettes !

— Trop tard, Lieutenant, cracha Wajuk en se jetant de nouveau sur lui. Les conduits de lancement sont déjà obstrués. Personne ne quitte Tzirdaran aujourd'hui.

Le combat reprit avec une sauvagerie redoublée. Wajuk ne cherchait plus à se protéger. Il encaissait les brûlures de la lame thermique de Jiruj pour se rapprocher, pour sentir l'armure de son ennemi sous ses poings. Autour d'eux, le massacre touchait à sa fin. Les mineurs tombaient, les soldats brûlaient, et la poussière de cristal saturait l'air jusqu'à l'étouffement.

Tork, dans un dernier souffle héroïque, parvint à atteindre le levier de reflux final. Il tourna la tête vers Wajuk, un sourire sanglant aux lèvres, avant que ses yeux ne se voilent pour toujours.

— Le gamin l'a fait, souffla Wajuk.

Une vibration d'une intensité absolue parcourut le sol. La lumière des cristaux passa du bleu au blanc pur, une incandescence insoutenable. Au sommet de la faille, le verrouillage moléculaire de Tergotal venait de céder. La cité de Tzirdaran entamait sa chute finale dans l'abîme.

Jiruj, comprenant enfin qu'il n'y avait plus d'issue, lâcha son sabre et agrippa le col de Wajuk. Leurs visages n'étaient qu'à quelques centimètres.

— Tu as tué tout le monde... tout ça pour quoi ?

Wajuk fixa les yeux gris du boucher, sans ciller.

— Pour que tu ne sois plus là demain.
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Chapitre 10


Le plafond du Puits de Résonance n’existait plus. À sa place, une pluie de décombres, de métal tordu et de corps en armures rouges tombait dans un silence irréel, comme ralentie par le champ magnétique instable des cristaux en furie. Tzirdaran, la ruche verticale, s'effondrait sur elle-même.

Les niveaux d'habitation, les fonderies, les souvenirs de milliers de vies s'engouffraient dans le gouffre pour venir mourir ici, au point le plus bas de Tergotal.

Wajuk et Barz Jiruj étaient au centre de ce cyclone. Ils n’étaient plus deux guerriers, mais deux ombres luttant pour un dernier souffle dans une atmosphère saturée d'éclats de quartz.

— Tu as perdu ! hurla Jiruj, sa voix brisée par le sang qui emplissait ses poumons. Regarde ! Tout ce que tu voulais protéger est en train de nous écraser !

Le Lieutenant du Directoire tenta de lever son sabre thermique, mais l'arme n'était plus qu'un tronçon d'acier inerte, grillée par l'impulsion électromagnétique. D'un geste désespéré, il se jeta sur Wajuk, le percutant de tout le poids de son armure endommagée.

Wajuk ne recula pas. Il n'avait plus la force de frapper, alors il agrippa Jiruj. Ses doigts, noirs de suie et de graisse, se refermèrent sur les articulations de la combinaison du Lieutenant. Autour d'eux, les piliers de quartz commençaient à se liquéfier, passant du blanc à une incandescence insoutenable.

— Je n'ai jamais voulu sauver la ville, Jiruj, murmura Wajuk, sa voix calme malgré le fracas du monde qui s'écroulait au-dessus d'eux. Je voulais seulement te montrer que Jazuku n'est pas une carte que l'on colorie en rouge. C'est une terre qui se défend.

Une poutre de soutien de plusieurs tonnes s'écrasa à quelques mètres, projetant une onde de choc qui les jeta tous deux au sol. Wajuk sentit ses côtes craquer, mais il ne lâcha pas sa prise. Il tourna la tête une dernière fois vers le corps inerte de Tork, à moitié recouvert par la poussière de
cristal. Le gamin avait réussi. Le signal de surcharge était définitif.

— Tes navettes ne décolleront jamais, reprit Wajuk en fixant les yeux gris de Jiruj, où la terreur commençait enfin à supplanter l'arrogance. Les conduits sont scellés. Le Directoire de Sang meurt ici avec nous.

Jiruj regarda vers le haut. Ce qu'il vit ne fut pas le ciel, mais la masse titanesque du Niveau 5, la base même de la cité, qui descendait comme un couvercle de tombeau colossal sur la faille d'Opale.

— Non... balbutia le boucher. Je devais être là pour la victoire de Fakz... Je devais...

— Fakz n'aura pas ses renforts. Tu as échoué, Lieutenant.

À cet instant, le Puits de Résonance atteignit son point de rupture. Une onde de lumière pure, absolue, jaillit des fondations de la planète. Ce ne fut pas une explosion de feu, mais une désintégration moléculaire. Le quartz, poussé à son paroxysme, libéra toute l'énergie accumulée pendant des millénaires.

Wajuk ferma les yeux. Pour la première fois depuis l'arrivée du Directoire, il ne sentit plus la douleur, ni la fatigue, ni l'odeur du soufre. Il sentit le silence. Un silence blanc, pur comme l'éclat des cristaux de son enfance.

Le Niveau 5 percuta le fond du Puits dans un fracas qui fit vibrer Tergotal jusqu’à ses racines. La faille d'Opale se referma sur elle-même, engloutissant Tzirdaran, ses mineurs, ses bourreaux et ses héros dans un linceul de verre brisé.

Il n'y eut pas de survivants. Il n'y eut pas de cris. Juste la poussière qui retombait lentement dans l'obscurité d'un tombeau que plus personne ne viendrait jamais ouvrir.
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Re: Jolp : Wajuk

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Épilogue


Le vent de Tergotal soufflait à nouveau sur la Faille d’Opale, mais il ne portait plus le chant cristallin des mineurs. Il charriait une poussière grise, fine et étouffante, qui se déposait sur les parois de basalte comme un linceul. De la cité verticale de Tzirdaran, il ne restait rien qu’une cicatrice béante dans la croûte du continent, un gouffre silencieux où la lumière du soleil ne parvenait plus à descendre.

À la surface, les navettes de débarquement du Directoire de Sang n'étaient plus que des carcasses calcinées. Sans ordres, sans carburant et sans chef, les quelques survivants de la garde de Barz Jiruj avaient fui vers l'océan, laissant derrière eux une terre qu'ils n'avaient jamais comprise.

Au même instant, à des milliers de kilomètres de là, dans la capitale de Vith-Orel, les clameurs de la victoire déchiraient l'air pur. Le Canon à Résonance, cette arme de fin du monde, n'était plus qu'un amas de ferraille fumante. Jolp, debout sur les marches du palais, observait la foule célébrer la fin du Directoire. Kaldej Fakz était mort, son empire de sang s'écroulant avec lui.

Jolp ne le saurait jamais, mais sa victoire à Vith-Orel s'était jouée à peu de chose. Dans les derniers instants de la bataille, Fakz avait hurlé des ordres désespérés pour appeler ses renforts les plus puissants, les Marteleurs et les troupes d'élite de Barz Jiruj. Des renforts qui n'étaient jamais arrivés.

Le sacrifice anonyme de Tzirdaran avait été le grain de sable qui avait enrayé la machine de guerre du tyran.

Dans les registres officiels de la reconstruction, le nom de Wajuk ne figurerait pas. On ne parlerait pas du gamin nommé Tork, ni des pères de famille qui avaient troqué leurs pioches pour des lasers de découpe. Ils resteraient les ombres d'une faille oubliée, les héros d'une guerre sans témoins.

Pourtant, au plus profond de la faille scellée, sous des millions de tonnes de roche et de métal, quelque chose subsistait. Dans l'obscurité totale de l'ancien Puits de Résonance, un éclat se mit soudain à briller. Pas la lumière artificielle d'une lampe, mais une pulsation douce, rythmée, provenant d'un fragment de quartz pur.

C'était une note basse, une vibration d'une pureté absolue qui résonnait à travers la pierre de Tergotal. Le chant de la mine reprenait ses droits.

La cité était morte, ses défenseurs étaient tombés, mais le cœur de la planète, lui, battait à nouveau. La « Troisième Voie » de Jolp pouvait désormais fleurir sur les cendres de la tyrannie, portée par le souffle de ceux qui, dans le noir, avaient refusé de plier.

Tergotal était libre. Et dans le silence de la Faille d'Opale, Wajuk et les siens pouvaient enfin trouver le repos, bercés par le murmure éternel du cristal.
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