Bah voilà.
Ce que je voudrais pour Star Wars... j'ai décidé de vous le raconter. Le texte qui va suivre est inspiré du documentaire Light and Magic. Bon, c'est moins immersif sous la forme d'un texte, mais j'avais les visages des intervenants en tête. Bon, c'est abrégé, bien sûr, mais j'ai tout de même ajouté un peu d'auto-dérision et d'énormité. J'avais envisagé de le mettre en fanfiction, mais autant mettre sur le sujet adéquat.
15 mars 2033.
Kathleen Kennedy :
«Je n’avais pas envie d’en parler. Avec le recul, je me disais qu’il faudrait une vision où tous les éléments sont séparés de sorte à ce que personne n’occulte quoi que ce soit. Mais ça me faisait trop penser à ce qui s’était passé. Bien sûr, le silence a été une mauvaise idée, vu que j’ai été suspectée d’avoir cautionné ça. C’est toujours pareil : on parle, on ment, on ne parle pas, on consent. Mais j’ai récemment discuté avec tous mes collègues, mes amis, ceux qui avaient travaillé sur Star Wars à la première heure et qui sont encore en vie. Je ne veux créer aucun scandale… mais je veux respecter et faire respecter quelque chose qu’a fait mon mentor, mon ami. Même si c’est maintenant ostracisé.»
Dave Filoni :
«Je me rappelle que la passation de pouvoirs était compliquée. Le Conseil d’Administration a hésité jusqu’à la dernière minute. J’arrive au bureau, et puis je reçois un coup de fil sur mon portable. Je décroche, et une voix étouffée me dit :
«Dave… c’est Doug. Steve Hartmann, ça te dit quelque chose ?
_ Euh, non, je ne vois pas. Pourquoi ?
_ C’est lui, le nouveau président de Lucasfilm.
_ Ah o…
_ Shhhht, je ne sais pas pourquoi, mais j’ai reçu un message. Bon, pour l’instant, t’en parles à personne. »
(…)
Carrie Beck :
«J’avais vaguement entendu parler de Steve Hartmann. J’avais cru comprendre qu’il était passé par A24, mais en fait, il avait fait le tour de studios indépendants. Kathleen m’avait dit que c’était un profil assez atypique : quelques court-métrages, a travaillé dans six petits studios, dont deux d’animations. Mais le plus important, c’était l’archivage : il avait un diplôme qui ne lui permit pas pourtant de trouver un travail dans ce milieu. Mais il s’était fait peu à peu une sacrée réputation : il avait beau être le producteur, il était au plus près des créateurs. Son exploit, ça a été ce film, je ne sais plus… mais même ça n’avait pas eu beaucoup de succès, il avait fait l’unanimité.
Kathleen Kennedy :
«L’unanimité, je n’y crois pas. Vous aurez toujours quelqu’un qui n’apprécie pas ce que vous faites. Et ce, même sur des projets plus modestes. Et pourtant, quand j’ai demandé à le rencontrer, l’entretien s’était plutôt bien passé. On a vérifié son CV de A à Z, et les personnes interrogées étaient tous sur la même longueur d’ondes : c’est comme s’il coréalisait les films, mais il arrivait à faire sentir qu’il gardait la patte du réalisateur. Pas un seul avis négatif. Rien. Si j’avais su, j’aurais prolongé mes investigations, mais ça aurait été illégal. Quand j’y repense, je n’osais pas avancer sur un certain terrain. »
Rhonda Hjort :
«Plein d’autres profils avaient un parcours professionnel plus conséquent : ils avaient géré des situations de crise, même. Mais avec lui, c’était différent. Surtout que ne n’avais jamais vu une telle solidité juridique. C’est même grâce à lui qu’une loi a été votée par le Congrès sur les concepteurs d’effets spéciaux. Ce n’est toujours pas la constitution des syndicats, mais ça en prend le chemin. »
Jeff White :
«J’ai vu un des films auquel il a participé ! C’était… assez bizarre. Le film était un thriller, et j’ai appris par la suite, qu’ils avaient cassé le matériel pour avoir certains rendus. Logiciels trafiqués par un informaticiens, objectifs de caméra tordus dans tous les sens. Je crois qu’il avait évoqué un cinéaste allemand, et quasiment personne n’en avait entendu parler. Quand on lui a présenté les ateliers de ILM, il avait demandé à voir les anciens bureaux. Un gars du département performance capture m’a raconté qu’il est resté dans le restaurant à manger lentement. Puis devant l’ancien hangar, il en faisait plusieurs fois le tour avant de rester planté devant. Le tout pendant trois heures. »
Lynwen Brennan :
« C’était vraiment tentant. A ce moment-là, Disney se dépatouillait avec encore des histoires d’actionnaires, et peut-être qu’avec le recul, je crois qu’il a saisi sa chance. Mais quelque part, nous aussi : c’était une façon de tenter un coup dingue. »
Kathleen Kennedy :
«Même George semblait intéressé. Il m’a dit : «Il me fait penser à John. » Je ne voyais pas lequel, puis il a renchéri : « John Milius. » Cela m’a un peu décontenancé, mais bon, c’était un gars du Nouvel Hollywood. Alors… on a tranché. Et je savais qu’il fallait faire vite avant les prochaines réunions. On avait perdu trop de temps. »
John Knoll :
«Il a tenu à réunir tout le monde à Lucasfilm, et il y a même eu une visio-conférence pour tous ceux qui ne pouvaient pas se rendre sur place. Les localités s’étaient mobilisées pour parler à ceux qui étaient en télétravail. On s’installe tous, et il apparait. Je ne me souviens pas de tout. Mais le peu… me glace le sang chaque fois qu’on m’en reparle. »
Extrait enregistré :
« … On a reproché à Jean-Luc Godard de laisser n’importe qui, c’était durant sa période maoïste, je crois, avoir un avis sur quelque chose qui ne relevait pas de ses compétences habituelles. Mais monsieur Lucas aurait-il pu assurer la continuité si un technicien n’avait pas fait remarquer que Obiwan ne ramassait pas le sabre d’Anakin ? »
Jon Favreau :
«Plus ça avançait, moins je voyais où il voulait en venir. C’était confus, il partait dans plein de directions. Cela dit, je lui tirais mon chapeau de nous tenir en haleine, parce que personne n’a vu défiler les… six heures. Ouais. Vous ne rêvez pas : il a parlé pendant tout ce temps. J’aurais pu trouver son discours interminable, mais non. Il avait une façon de parler qui lui donnait le bénéfice du doute alors que ça semblait incompréhensible. »
« … Je conçois Star Wars de plusieurs façons : le monde partagé qu’il est maintenant n’est d’ailleurs pas à remettre en cause et ne cause pas le plus de tracas. Pour autant, je conçois sa vie à travers l’année 1977. Songez-y : Elvis Presley est mort, Rocky est sorti un an plus tôt, le duo Suicide a sorti son premier disque. Un an plus tard, Grease et Contre la Nouvelle Cinéphilie arrivent. Et l’album du duo électro-punk est très important, car Star Wars y correspond : le passé à travers le miroir déformant du présent. Mais pas seulement. La Trilogie Originale, si on regarde son appréciation, est comme un cocon. C’est une œuvre expérimentale, mais aussi onirique, spectrale, autiste, hermétiquement close sur elle-même. C’est un monde qui n’a pas de passé. Pas d’avenir. On a longtemps reproché que ce n’était pas la vraie vie. Comme si on savait ce qu’était la vie. Personne ne sait ce qu’est la vie. »
Kathleen Kennedy :
«Je… je n’ai rien compris (rires). Avec le recul, certains moments étaient peut-être annonciateurs, mais c’était enveloppé dans le reste qui se perdait dans un labyrinthe bizarre sur la culture , l’Histoire, les générations, les films indépendants, la perception, l’inconscient collectif, etc. J’étais enveloppée dans un état… cotonneux. En plus, il n’avait rien apporté comme support pour son discours. Pire : sur l’estrade où il prononçait son discours, il avait enlevé la table et les chaises. Puis il allait et venait vers nous, puis de nouveau sur scène. A un moment, il est sorti de la salle pour aller dans un autre bureau où avait installé micro et caméra pour poursuivre. Comme ça, sans aucune raison. Sur scène, il déambulait, parfois s’allongeait. La seule chose qui ne variait pas, c’était le ton de la voix. Trainant. Et son regard aussi : il avait tout simplement l’air d’être ailleurs. »
« …Nous ne pouvons plus ignorer ceux qui se sentent exclus, même s’ils s’excluent. Je resterai ferme dessus aussi longtemps que je dirigerai Lucasfilm : Star Wars et plus généralement le cinéma, c’est pour un public qui est là, plus là. Tout le monde. N’importe qui. Personne. »
Momita SenGupta :
«Par moments, je croisais son regard. C’était déstabilisant : il n’était pas vide, mais il donnait l’impression de vouloir m’avaler. Je ne sais pas si je suis claire, mais rien n’était perceptible. Comme dans un trou noir. Sa voix et ce dont il parlait, c’était très intense. Certains moments, je voyais dans certains convives des étoiles dans les yeux. C’était au moment où il évoquait les propos de sir Alec Guinness sur les enfants. »
Jeff White :
«Entre-temps, j’avais retrouvé la trace de ce fameux réalisateur allemand : il s’appelait Werner Nekes. J’ai essayé un ou deux films, et c’était une véritable torture. Je ne comprenais pas le lien avec son parcours dans ces studios ou encore ce film. Il y avait une espèce de son perçant sur un des court-métrages. Alors j’ai demandé à des gens s’ils connaissaient, et ils m’ont orienté vers un documentaire sur lui appelé Media Magica. C’était intéressant, je commençais à voir le lien, mais je me demandais s’il allait en parler dans le cadre de Lucasfilm. Et… je crois qu’il en a parlé. »
Kathleen Kennedy :
«J’ai essayé de comprendre. De croire. Tout le monde était déboussolé, alors j’ai voulu les rassurer. « En 75, les gens ne comprenaient pas où George voulait en venir. Attendons de voir. De toutes façons, il m’a dit que les projets en cours seraient menés à leur terme. » Trois ou quatre jours plus tard, alors que j’étais en déplacement pour encadrer la sortie d’un jeu-vidéo, je suis tombé sur un des convives de la réunion qui regardait en visio. Comme ça, entre quatre yeux, je lui ai demandé ce qu’il en pensait. Mais rien de différent. Puis tout à coup, brutalement, il a bégayé quelque chose, puis parlé plus distinctement. Il m’a dit «Il va détruire Lucasfilm. Je sais où il veut en venir : on court à la catastrophe. » Et puis il a de nouveau changé d’attitude. Puis il est parti. Je ne savais vraiment pas quoi en penser. »
(…)
Doug Chiang :
«Un jour, je suis venu lui rendre visite. On commençait à réfléchir à la suite vu que les séries et films en cours étaient sur la fin. Il avait pu s’acheter une grande maison sur les hauteurs de Los Angeles. Je trouvais ça un peu vieux jeu, ça faisait star des années 60. Surtout que c’était Benedict Canyon, là où il y avait la maison où Sharon Tate avait été assassinée. Dans la maison, donc, la bibliothèque était remplie à ras-bord de livres sur les mathématiques, l’archéologie, l’ésotérisme, la musique, le cinéma, les religions, la théologie, etc. Une autre pièce était remplie de musique : vinyles, CDs, ordinateurs, tout un attirail de systèmes d’écoutes musicales et autres appareils plus anciens. On aurait dit un musée. Ça déversait toutes sorties de musiques, mais je sentais comme un liant. »
Mark Hammill :
« Il s’en mettait plein des oreilles, à devenir fou. Death metal, power-pop, cantors yiddish, musique classique, jazz d’avant les années 80, musique jamaïcaine, country, qawwali… il était complètement saoulé de musique. »
Mellody Hobson :
«George rentra après une semaine où il était à des réunions pour la nouvelle direction de Lucasfilm, et je sentais qu’il n’était pas comme d’habitude. On en a dit des choses sur mon mari, son comportement, sa démarche. Et je peux clairement vous dire qu’il avait un soucis. Il ne devenait pas expressif, non. Je ne sais pas… il semblait tétanisé. Je lui demandais comment ça s’est passé. Il m’a répondu : « Très bien jusqu’à un point. » J’étais intriguée, puis il a renchéri : « J’aurais dû le savoir. Il l’a faite venir. » Là, il m’inquiétait vraiment. J’ai réfléchi, réfléchi… et là, ça a fait tilt. Il a croisé mon regard et dit « Ouais. Marcia était là… alors qu’elle avait un pépin de santé. Mais ils tenaient absolument à la faire venir. ». Il m’a ensuite parlé de montage, et de restauration et d’autres choses. J’en ai été moi-même abasourdie. Je me demandais s’ils ne cherchaient pas juste à l’humilier. »
Dave Filoni :
« La négociation de la ressortie des versions cinéma des films a été pénible. Steve ne voulait rien entendre : pour lui, tout serait prêt pour le 24 mai 2027. Il n’arrêtait pas de répéter que les 50 ans étaient la dernière chance. Et je commençais à comprendre pourquoi des bureaux étaient pris dans toute l’Europe et pourquoi tous ces rendez-vous avec des collectionneurs. Il a ouvert de nouveaux campus en France, en Allemagne, en Pologne, en République Tchècque et en Roumanie. Il a même caressé l’espoir d’aller en Russie. En fait, tout était déjà prêt parce qu’ils prenait sur son temps de contacter des familles de projectionnistes et les cinémathèques. Le but était de faire plusieurs restaurations des six films de Star Wars : une par expérience de visionnage. »
George Lucas (2026) :
«Dans une des célèbres interviews, j’avais dit que les films soviétiques me semblaient plus libres que les films américains car les impératifs commerciaux étaient pour moi plus coercitifs que les impératifs politiques. Mais dernièrement, je me rendais compte que derrière le cinéma, il y avait toute une société qui souffrait d’une certaine inertie. Tout avait été déjà dit sur les questions politiques, mais en plus de ça, l’économie était particulière. Et quand je voyais les restructurations, j’avais l’impression que l’entreprise, diversifiée avec ses divisions, allait voir ça s’effacer. Devant travailler avec la Bibliothèque nationale du Congrès où des exécutants démocrates avaient été nommés, Hartmann a dû ouvrir d’autres campus, mais en fait, ils faisaient tous la même chose : de l’archivage à but de restauration. Ce que je craignais vaguement s’est donc pleinement produit : l’innovation n’est plus dans Lucasfilm, c’est une augmentation des inputs : travail et capital. Il a recréé l’URSS dans Lucasfilm.»
Jon Favreau :
«La masse salariale commençait à devenir pesante, c’était de plus en plus laborieux de s’adresser aux départements divers. Comme le voyait Lucas dans ses derniers jours, Hartmann avait réorganisé les archives en les ouvrant en grand et ainsi transformé en bureaucratie monstrueuse, qui faisait penser au Gosplan soviétique. Et même les départements créatifs embauchaient à tour de bras pour… peu de projets. Les films et séries allaient être réduits à un ou deux tous les cinq ans. Sans parler des tournages où ils avaient élargis les vieilles méthodes. C’était du marketing avec l’épisode VII, mais lui, il y croyait vraiment. »
Marcia Lou Griffin Lucas :
«C’était troublant. Des fois, je me demandais ce que je faisais là. Je donnais les indications avec Peter Suschitzky pour l’Empire Contre-Attaque, et ils le restauraient. Idem pour les deux autres, et la tension était palpable. George faisait l’objet d’une grande méfiance, et les entretiens avec les créateurs de chaque film ressemblaient presque à des interrogatoires. Le négatif était désassemblé, puis réassemblé, puis encore désassemblé. Les agents venaient aussi d’un laboratoire français, et ils se fermaient dès qu’on parlait de bruit vidéo. Une fois dans les laboratoires, ils avaient détruit les supports pour le DNR et ne voulaient pas entendre parler du moindre filtre numérique. Ils étaient à la recherche des internégatifs utilisés pour la sortie en salles. Quand j’ai appris qu’ils préparaient une diffusion des films sur un service de streaming à part, ça m’a intriguée. Et puis on a compris : c’était le nouveau scan 8k des pellicules 70mm… balancé brut sur ce service. Mon dieu, mais c’est n’importe quoi ! »
Peter Suschitzky :
« Je l’ai appris plus tard, mais ça m’a mis mal à l’aise. Des agents des organisations gouvernementales de préservation des œuvres d’art, dont la Bibliothèque du Congrès, retournaient et retournaient les entrepôts de Disney. Tout juste s’ils ne sondaient pas les murs de certains bâtiments pour être sûr de ne rien oublier. Certains experts venaient de France et de République Tchèque. »
_ C’était presque illégal. Et Disney ne réagissait pas ?
_ Non ! On s’est rendu compte qu’il avait blacklisté les deux-tiers des contacts chez Disney. Les messages étaient bloqués, et les informations ne passaient plus. Il a tout simplement cru que le feu vert pour les restaurations lui valaient carte blanche voire la plus totale impunité. Mais Disney, d’un autre côté, ne cherchait pas à savoir. Ils voulaient juste le résultat à la fin tant le cinéma de patrimoine en édition physique était presque délaissé. Moi, je sais pourquoi il a ouvert une antenne de Lucasfilm à Prague : là-bas, une loi récente encadre légalement les restaurations de films. Un corpus technique est décidé et tu n’as pas le droit de modifier hors de ce corpus. »
Enregistrement d’une réunion :
« On n’arrête pas de dire que les fans n’ont pas compris le discours de George en 1988 au Congrès américain. C’est lui qui n’a pas compris les enjeux de la préservation des films. Ils exemptait le consentement des auteurs par rapport à l’absence de droit moral des artistes. Je ne comprends pas qu’il ne fasse pas la différence entre les corporations, l’Etat et les fondations comme celle qu’il a créée avec Scorsese. Quand nous, on dit que personne n’a le droit de modifier les films et qu’il faut les garder dans leur aspect d’origine, c’est PERSONNE ! Et on a les moyens de savoir comment est l’aspect en question. »
(…)
Carrie Beck :
« Quand on a attaqué les nouvelles productions, ça a été compliqué. Il a considérablement réduit le nombre : un film tous les cinq ans. Et une série tous les six ans. Et vue la teneur, je me demandais si la philosophie de George allait être respectée. On voyait qu’il arrivait à en être très proche et très éloigné à la fois. Notamment quand il parlait de cinéastes comme Hal Ashby.
Bob Iger :
« Les actionnaires étaient furieux : il ne restait que grâce aux succès commerciaux et à la drastique réduction des backlash sur les réseaux sociaux. Parce que pour le reste, il leur manquait totalement de respect : il considérait les investissements comme une tirelire dans laquelle il n’avait qu’à se servir, que les plateformes étaient tenus par des banquiers, etc. D’ailleurs, un des pontes de Netflix avait voulu lui faire un procès pour injure antisémite. »
Rob Bedrow :
« Alors, des fois, je commençais à flipper : je trouvais certains discours durant les réunions pour les films et séries hyper-réactionnaires. Pas socialement parlant, mais technologiquement parlant. Certains nouveaux-venus avaient une dent contre le numérique et étaient fermés à toutes les explications, notamment via le documentaire Light & Magic. ILM nous faisait remonter de plus en plus de plaintes comme quoi le délai de production s’allongeait de façon délirante. Je me demandais si je n’allais pas tout simplement perdre mon poste.»
Francois Chardavoine :
«Les tournages en numérique, ça allait, ceux en pellicule qu’ils avaient relancés, un peu moins. C’est au montage qu’on avait des problèmes. Les chefs-opérateurs recrutés avaient tout simplement cinquante ans de retard sur comment concevoir une image. Certains allaient exclusivement au cinéma de Los Angeles tenu par Tarantino. J’avais beau dire que ça allait uniformiser, ils ne voulaient rien savoir. Le pire, c’est que ça marchait : les premiers épisodes ne donnaient pas cette impression. Le sortilège Hartmann fonctionnait à nouveau : pas un pet de travers au niveau de la réception par le public. Ils ressentaient des émotions différentes, mais parlaient de ce qu’ils regardaient de façon unique. »
Lori Aultman :
«Cela devenait infernal : on se retrouvait dans des situations absurdes à mélanger les équipes créatrices où les gens habitués au numérique galéraient avec la caméra argentique. Et pas des nouvelles : ils récupéraient du vieux matériel et essayaient de les dupliquer avec des bricoleurs qui s’affichent sur YouTube. »
Kathleen Kennedy :
«J’étais limite contente de trouver enfin un avis négatif. C’était sur un film se qui passait longtemps après l’histoire de la famille Skywalker. Là encore, je ne trouvais toujours pas que le jeune public était visé. Depuis cette nouvelle direction, il n’y en a que pour les plus vieux. J’avais tort. En tout cas, étrangement, la personne avait temporisé par la suite. Et Steve avait disparu. Et là… j’ai compris.
Dave Filoni :
«Il nous avait tous surveillé. Tous. Je ne comprenais pas son émission où on pouvait le voir chez lui ou au bureau, quasiment sous toutes les coutures. Dans les campus, ils entendaient sa voix en permanence, où qu’il soit : au bureau, au plateau, et même chez lui. En fait, il attendait qu’on ait un œil sur lui, qu’on s’assure qu’il soit fidèle à ce qu’il promette. Plus tard, il m’a dit qu’il avait fait des écarts et qu’il fallait les lui signaler. Comment je pouvais deviner ? »
Daisy Ridley :
« C’était terrifiant. J’ai presque pleuré d’angoisse. Il y avait des caméras, des micros, des logiciels espion, des hackings. Nos boîtes mails piratées pour conserver tous les messages, la comptabilité voyait marqué « frais de confiance ». J’ai appris que c’était pour regrouper tout ça : il a même envoyé des gardes du corps en filature pour certaines actrices. »
Kathleen Kennedy :
« Là, c’était trop. On avait accepté le reste, pourtant : la réédition des versions sorties au cinéma, Marcia, l’instauration de qu’il appelait « la multivérité » avec la réédition de la biographie par Dale Pollock, le retour des vieilles techniques de tournage. Mais ça… le Conseil d’Administration s’était réuni. Si on ne faisait rien, Disney ne restera pas inactif, allait revendre à nouveau la société et elle serait mise en pièces. Lors du rendez-vous, on lui apportait tous les griefs. On ne peut pas investir pour une seule partie du public, ça ne durerait pas. Parmi une de ses réponses, une m’a marquée : « monsieur Lucas aurait dû réfléchir à deux fois avant de créer une œuvre qui allait autant marquer le public. Le plus important à viser, c’est celui pour qui c’est tout. Les passionnés sont les plus durs. »
Doug Chiang :
« La «continuité générationnelle »… la continuité générationnelle. Chaque thématique de production qu’il imposait devenait plus farfelue que la précédente. »
Rian Johnson :
« J’ai trouvé un point positif, tout de même. Il avait lancé d’autres projets que Star Wars. Mais celui-ci était très difficile. C’était l’adaptation d’un roman russe. Moi, j’ai préféré me mettre sur une série TV reprenant certaines idées de George Lucas.
(...)
Kathleen Kennedy :
« La loi est passée… toute actualisation d’un film enregistré à la Bibliothèque Nationale rend sa disponibilité dans sa version originale obligatoire. A ce stade, autant nationaliser Lucasfilm. Parfois, je me demande si ce n’était pas son vrai but, au-delà de l’avoir sorti de Disney. Il s’est susurré qu’il en fasse autant pour 20th Century Studios, qu’il voulait rebaptiser Fox comme avant. Mais l’affaire des écoutes a tout fait plonger. Il y a eu un accord, et puis il disparut, sans jamais donner de nouvelles. »
Kim Smith :
«On m’a montré un jour un film appelé Psycho Goreman. C’était ridicule : c’est ça qui donnait la leçon à Hollywood ? On pouvait dormir sur nos deux oreilles. Sur internet, ça hurlait au révisionnisme, que le numérique est anti-cinématographe. Hartmann voulait être leur héros. Un jour, il avait dit qu’il fallait satisfaire les insatisfaits. »
«Lucien Bonnafé a dit un jour : « Le sort des marginaux est le mètre-étalon des sociétés humaines. ». »
Janet Lewin :
« Pourtant, il avait une nouvelle technologie en tête. En plus du Nitroscan pour restaurer les films, il cherchait quelque chose pour abolir le temps. Sur les jeux-vidéo, il encourageait le système à la deuxième personne. Son but était de chercher des mises en scène qui entreraient en résonnance avec le spectateur. Il parlait de pénétrer les rêves, comme la télépathie, que le numérique génère la même fantasmagorie que l’analogique. C’était une histoire de fou. »
George Lucas (2027) :
« Si j’avais refusé pendant tout ce temps de ressortir les versions sorties à l’époque, c’est aussi parce que je voulais que ça reste des films de divertissement. Je ne leur souhaitais pas d’être enfermé à triple tour dans un musée ou une forteresse. J’avais créé Star Wars pour ne pas me restreindre aux cinémathèques spécialisées. Ces lieux représentaient la mort de l’art. Même si Lucasfilm a résisté à l’Intelligence Artificielle en tant que menace pour la créativité, ça se fut au prix de son potentiel créatif maitrisé par l’artiste, comme le numérique avant lui. Il faut croire que ce Hartmann adorait les chevaux. Il expliquait que les innovations étaient créées pour s’en servir, elles étaient incontrôlables. Personnellement, je pense déjà qu’un créatif redécouvrira les périodes d’innovation, et fera naître un Nouvel Espoir. »
K.