La fic originale Here to win est l'oeuvre de someinstant, qui m'a gentiment autorisée à la traduire et à la poster ici. Et je le précise maintenant, les quotes sont intégrées au texte, ce n'est pas une erreur de ma part, voilà voilà ^^ Sur ce, c'est parti :
Il prend le datapad enveloppé de cuir que Vel lui lance, sa sacoche, cent quatre-vingt-dix-sept mille crédits, un poncho de laine de dray, et la navette déglinguée du docteur et essaie de ne pas se demander comment Vel fera reprendre l’air à ce foutu Rono sans rampe de lancement. Pas son problème, pense Cassian. Pas son problème. Son problème, se rappelle-t-il, est de foutre le camp d’ici avant que quelque chose d’autre dans sa vie ne parte en vrille, et il s’attache plutôt à se familiariser avec la console de navigation de l’YT-1760. Il a déjà piloté un 1760, mais celui-ci a été modifié pour mieux convenir à un être doté de plusieurs paires de bras, ce qui signifie qu’aucune des jauges ne se trouve là où il s’y attendrait. Cela donne quelques moments pleins de suspense tandis qu’il définit sa course — le système Ottega n’est pas trop loin, et il n’aime pas les geignements de l’hyperdrive, il ne veut pas la pousser davantage — mais il s’en sort.« À quoi ressemble la victoire sur l'oppression ? Est-il possible de le savoir ? Quand le combattant peut-il contempler les vallées meurtries, les cités couvertes de cendre, la lente rotation des stations dans le vide noir et penser, Le travail est terminé maintenant ?
La réponse : jamais.
En vérité, le travail n’est jamais terminé, parce que le pouvoir ne peut être détruit, ni par les blasters, ni par les lames, ni par les exécutions. Non, le pouvoir peut seulement être redistribué, rééquilibré et réattribué par la force — et pourtant il ne restera jamais ainsi. Le pouvoir, comme la gravité, ne demande qu’à s’accumuler. Nous devons résister à l’idée que la victoire sur l’oppression ne peut être comprise que comme une grande bataille extérieure, une guerre entre l'opprimé et l’oppresseur. Non, nous devons comprendre que la victoire sur l’oppression — sur le pouvoir même — commence et prend fin avec la connaissance du soi de chaque être, avec la naissance de la conscience et l’acceptation de nos responsabilités les uns envers les autres. À quoi ressemble la victoire sur l’oppression ? À un accueil bienveillant, à une communauté. À un foyer. »
Nemik, Karis. « De La Victoire. » Dans l’Œil de la Révolution : Recueil de Textes. Édité par Pul Kei Bohan. Bar’leth : Presses de l’Université de Bar’leth, 16 ABY
Comme toujours, putain. Incendie après incendie, désastre après désastre, mort après mort — tout le monde autour de lui semble payer le prix, mais pas lui. Pas vraiment. Non, il s’en sort. Passe par-dessus les corps qu’il laisse derrière lui.
Ce serait bien, pense Cassian, alors que les traînées lumineuses de l’hyperespace retrouvent le motif familier des étoiles autour d’Ottega, si les blasters pouvaient faire taire les souvenirs aussi bien que les mots.
Ses mauvais choix récents mis à part, Cassian est capable de prudence quand il en a le temps et les moyens. Alors il établit une liste mentale de ses priorités : récurer les numéros d’immatriculation des crédits pour pouvoir les utiliser sans se faire arrêter, trouver un craqueur fiable pour de nouveaux scan docs, changer le module de propriété sur le 1760, réparer ce qui peut bien faire couiner l’hyperdrive, déterminer combien de bulletins continuent de diffuser partout sa putain de tête, retourner sur Ferrix sans mourir, s’assurer que Maarva va bien, donner ses crédits à Brasso, rembourser Nurchi et Pegla et peut-être Eret s’il est d’humeur généreuse, voir si Bix —« Longue à venir
Longue à venir
Comme un signal venu d’en haut
Comme la surprise venue d’en bas
Mon amour, comme le dit la chanson
Elle sera peut-être longue à venir —
Mais la liberté ne peut que grandir. »
Sweet, Lida N. « Chant de protestation sans titre N°4. » Enregistré en l’an 3 ABY. Piste n°6 de Le Dernier Concert : Sweet dans la Rébellion . Collectif Theed Libre, holodisque LP.
Bref, la liste est longue. Il n’arrivera probablement pas au bout.
Mais il commence par le début, pique un brouilleur portable dans un garage clandestin d’Ottega, et passe les quelques heures qui suivent à randomiser les immatriculations digitales des puces de chaque crédit pour qu’elles n’affichent pas le secteur d’Aldhani comme point de distribution. Il essaie de ne pas se demander si Vel et Luthen ont un plan pour faire la même chose. Voler quatre-vingts millions de crédits n’a pas de sens si chacun d’entre eux crie son origine.
Les scan docs prennent plus longtemps qu’il ne l’aimerait, mais il ne connaît pas Ottega, ne connaît pas les figures du coin,et on ne trouve pas un bon craqueur en en demandant un sur tous les toits. Il passe deux soirées à boire dans un bar pas cher du secteur industriel, à regarder des êtres à l’air louche se glisser dans des recoins sombres, et à bavarder avec les filles qui travaillent à l’étage. Cela prend un peu de temps, mais au troisième jour il en sait suffisamment pour demander Anise au dépôt qui se trouve dans la partie ouest de la ville.
« J’ai peur d’avoir perdu mes scan docs quelque part dans le dépôt, dit-il, en se donnant un air malheureux et vaguement charmeur. Vous savez si quelqu’un vous les aurait rapportés ? »
La femme derrière le plastécran hausse un sourcil, l’évalue d’un regard. « Où les avez-vous vus, pour la dernière fois ? » demande-t-elle, et il répond, « Je les avais sur moi quand je suis descendu de la navette de Lothal il y a trois heures », en lui laissant entendre le cliquetis des crédits dans sa sacoche quand elle heurte le comptoir, et elle se redresse au mot de passe.
« Vous savez », dit-elle, en appuyant sur le bouton qui déverrouille la porte du bureau. « Je pense que quelqu’un les a effectivement rapportés ; venez par là et on va vérifier. »
Cela va lui coûter mille deux cent, lui dit-elle, et il ne l’insulte pas en essayant de négocier. C’est un prix correct pour un boulot de pro, et il connaissait ses tarifs avant de venir. Il est moins compréhensif pour le calendrier.
« Une semaine standard, c’est long », dit-il, et elle hausse les épaules.
« C’est une saison chargée, dit-elle. Beaucoup de commissions, et vous n’êtes pas en tête de liste.
— Combien cela coûterait ? demande-t-il. Et qu’est-ce que ça m’apporterait ?
— Un autre millier, et je pourrais être capable de les avoir dans deux jours », dit-elle avec détachement, et il fait en sorte qu’elle le voie soupeser le coût.
« Ça semble excessif », dit-il, en jouant le client réticent. Il le faut. S’il saute sur l’occasion trop vite, elle reniflera le danger et le laissera tomber. « Six cents, peut-être, je pourrais.
— Je pourrais les faire pour dans six jours, à ce prix », lui dit-elle, et ils se lancent dans les négociations. Après quelques échanges, ils tombent d’accord : sept cent cinquante crédits de plus et elle aura ses scan docs prêts dans quatre jours.
« Vous avez un nom en tête ? » demande-t-elle, et il dit, « Surprenez-moi », et la laisse se mettre au travail.
Quatre jours sont plus que suffisants pour s’occuper de l’hyperdrive poussive du 1760 et changer le module de propriété, ce qui laisse Cassian avec deux jours à tuer et pas grand-chose à faire. C’est trop de temps pour penser, se rend-il compte. Trop de temps pour se souvenir de tous ses fantômes, et de comment il les a créés. S’il était de retour sur Ferrix il se serait peut-être mis en quête pour ruiner sa santé et sa réputation, comme le dirait Maarva, mais au lieu de ça il fouille dans sa sacoche et en tire le datapad de Nemik.
« Si la haine seule était suffisante pour abattre les régimes répressifs, lit-il, il n’en existerait aucun. Le feu de la haine est féroce, sans aucun doute — mais il ne peut que détruire. La haine ne bâtit rien de neuf, ne fait rien pour combler le vide après l’acte de destruction. Le véritable acte de rébellion n’est pas la destruction, mais la construction, délibérée et radicale, et cela requiert de transformer notre haine en espoir. »
Il ne dort pas du tout cette nuit-là.
« Tu sais que tu ne peux pas rester ici », dit Brasso à voix basse, en s’appuyant au mur de briques noires de suie, sa large carrure dissimulant Cassian à la vue de tous. « Ils te pendront s’ils te trouvent.« Remettre les écrits de Nemik dans leur contexte est un défi, car très peu est clairement défini concernant sa vie suivant ses années d’études en économie à l'université de Chandrila — en effet, la dernière activité prouvée de Karis Nemik a été son départ officiel en tant qu’étudiant en l’an 7 BBY, quelques semaines à peine avant de recevoir son diplôme. La plupart des historiens s’accordent à dire que Nemik a choisi de rejoindre une branche de la proto-Alliance pour Restaurer la République, même si la cellule ou l’organisation spécifique reste inconnue. Sa collection d’essais fondatrice, publiée sous le titre Dans l’Œil de la Révolution , rend évident le développement de la conscience politique et martiale de Nemik. De la même façon, la nature inachevée du dernier essai, “Le Rôle des Mercenaires dans la Lutte Galactique pour la Liberté”, et l’histoire peu conventionnelle de la publication de cette collection, débutée en l’an 4 BBY, suggèrent que l’auteur a rencontré une fin prématurée — privant un jeune être de sa vie, et la galaxie d’un esprit d’une brillance peu commune. »
Renth, Ei Kan. « Lai Na, Nemik et Sarte : Les Voix Invisibles de la Guerre Civile Galactique. » L’avènement d’un règlement de comptes . Édité par Cilla Abaide et Inith K. Wells. Éditions Naboo : Loi et Justice, 18 ABY
— Je sais », dit Cassian. Il lui tend la sacoche. Brasso hausse un sourcil en la soupesant. « Ce que je te dois. Le reste va à Maarva, et elle peut décider si elle veut rembourser Nurchi et Pegla et Eret.
— Et Siles », ajoute Brasso. Il avait été présent pour ce marché.
« Et Siles », approuve Cassian. Il fourre les mains dans ses poches, un peu gêné. « Embrasse Maarva pour moi. »
Brasso grimace. « Elle va te détester pour ça.
— Je sais », dit de nouveau Cassian. « C’est bon. C’est de bonne guerre. » Au loin, le Sonneur joue les notes marquant la fin du travail.
« Je ferai mieux d’y aller », dit Brasso, et Cassian acquiesce. Il hésite un moment, puis plonge une main dans la poche de sa veste. En tire le datapad de Nemik, et dit, « Tu devrais lire ça. »
Brasso prend l’objet enveloppé de cuir, et demande, « Depuis quand tu t’intéresses à la lecture ?
— Depuis maintenant, dit Cassian, agacé. Écoute, lis-le, juste. Donne-le à Bix quand tu as fini. Et dis-lui de le faire circuler », ajoute-t-il, un sourire au coin des lèvres.
« Qu’est-ce que tu entends par là ? demande Brasso.
— Juste, fais-le circuler », répète Cassian, en disparaissant au coin de la rue, hors de la vue. Et il s’en va.